
Par Sayda Ben Zineb
Artiste-plasticienne de renommée internationale, Aida Kchaou Khrouf vient d’être honorée (06 janvier 2022), par la Municipalité de Sfax en recevant le Prix « Mohamed Najib Abdelmoula » pour la création artistique (2021).
Diplômée de l’Institut de mode et de design, Aida Kchaou Khrouf est également récipiendaire du deuxième prix à la Triennale de Paris et d’un Trophée à Sharjah. Curatrice d’expositions organisées au Koweït et au Caire, l’artiste s’est distinguée par sa participation au Carrousel du Louvre, mais aussi, à la 35ème édition du Salon d’art contemporain (New-York), au festival Mondial de Séoul, et à Osaka, pour ne citer que ces événements.
Activiste sur les sujets concernant la femme et l’environnement, Aida a pris part à plusieurs manifestations tournant autour des enfants et la cohabitation.
Fille d’Abdelhamid Kchaou, un grand passionné d’archéologie, sa première éducation artistique a été initiée par son géniteur qui lui a fait découvrir la grande beauté qui se dégageait de toute personne et de toute chose et surtout, de toucher à l’univers archéologique.
« Je recherche parfois, nous confie t -elle, la solitude pour pouvoir réfléchir sur les illusions et désillusions, la tendresse et la cruauté, le bonheur et la souffrance, l’humanité et l’inhumanité, le certain et l’incertain, l’aléatoire et le combinatoire, la rationalité et l’irrationalité, les émotions de l’image…Heureusement que mes parents m’ont inculqué les vraies valeurs de l’humanisme, de la tolérance, de la générosité et de l’ouverture d’esprit … »
Sfax et son rapport avec la mer
L’œuvre retenue par la Municipalité de Sfax se distingue pour l’originalité du thème, très proche de l’actualité, à savoir, la capitale du Sud et son rapport avec la mer, et les problèmes de l’environnement causés par la pollution.
« L’un des quatre éléments de l’univers qui m’émeut particulièrement, explique l’artiste, c’est la mer. Son état m’a toujours inspirée et impressionnée. Qui ne peut s’émouvoir devant ce mélange de force et de fragilité, l’infiniment petit et l’infiniment grand. La plage dont nous rêvions a laissé place aux industries qui s’implantent anarchiquement en bord de mer…Celle de mon enfance (Chaffar) a disparu à vue d’œil à cause de la bêtise humaine, l’inconscience et l’insouciance… »
L’œuvre d’Aida Kchaou Khrouf participe donc au mouvement de reconquête des villes côtières ravagées par ces industries pour reconstruire progressivement leurs identités. « Présenter ces tableaux est pour moi, déclare t-elle, un moyen de rappeler aux gens la détresse de la mer, et par conséquent, celle des habitants de ces villes ».
Un engagement sans faille
Expliquant sa démarche plastique, l’artiste avoue aimer prendre des risques en fabriquant les médiums pour rechercher de nouveaux effets de matières utilisant à la fois, le mat et le brillant, l’aléatoire et le combinatoire, essayant de faire ressurgir de l’abstrait, un imaginaire marin.
« Je joue, explique t-elle, sur le contraste de la couleur, sa transparence et son opacité dans un aller- retour permanent entre sensations et pensées, entre constats et prospectives. La spontanéité de mon geste oscille entre impressions et ondes marines ne suivant que l’instinct orchestré par l’émotion me rapprochant à la texture des objets archéologiques qui sont aussi fragiles que la mer… Chaque couche de matière reflète mon besoin de communiquer, de partager l’engagement envers notre Mer, et contre cette pollution… »
« Par mes toiles, conclut-elle, je me bats en tant qu’artiste pour que mon engagement ne se brise pas, comme les vagues sur le rivage… »
Un bel engagement qui lui a valu un prix honorifique digne d’une artiste comme Aida Kchaou Khrouf…Tous nos vœux de succès !
