Sur son réseau Truth Sociale, Donald Trump a publié une photo de lui, debout, les poings serrés sur son bureau avec cette légende : « Roi des droits de douane ». Il venait de menacer les huit pays qui ont envoyé quelques soldats au Groenland de nouvelles taxes pouvant aller jusqu’à 25% qui resteraient en vigueur jusqu’à la conclusion d’un accord pour un « achat total et complet » du Groenland.

Le président états-unien se justifie en affirmant que « le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. Il s’agit d’une situation très dangereuse pour la sécurité et la survie de notre planète. (…) Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiale, de prendre des mesures énergiques pour que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin rapidement et sans équivoque ».
Le transactionnel Donald Trump voit aussi cela comme un juste retour des choses, un dû car, dit-il, son pays a « subventionné » pendant des années le Danemark, tous les pays de l’Union européenne et d’autres (…) Il est temps pour le Danemark de donner en retour ».
Une telle méconnaissance de la réalité amène à reposer la question soulevée dès son premier mandat : Donald Trump est-il fou ? En 2017, il a été qualifié par les meilleurs psychiatres américains de « mélange de sociopathe, narcissique, sadique, dangereux et incapable de gouverner son pays »… Pas vraiment fou, mais, persuadé comme l’a dit sa chef de cabinet, que rien ne lui est impossible et, comme son unique but est de laisser une trace dans l’histoire américaine au moins aussi grande que celle des pères fondateurs, il cherche un accomplissement marquant. Agrandir son pays en serait un…
Est-il allé trop loin en menaçant des pays amis, membres de l’Otan ? Les Européens ont immédiatement réagi et dénoncé une « spirale dangereuse ». Emmanuel Macron et quelques autres sont prêts à dégainer l’instrument anti coercition qui permet de cibler les produits importés, mais aussi les services, les investissements, l’accès aux marchés publics. Les Etats Unis souffriraient car ils sont aussi dépendant du marché européen, mais, pour mettre en œuvre cette forte réponse, il faut aux 27 une majorité qualifiée représentant au moins 65% de la population. Pas évident… Certains politologues pensent que le Danemark, fidèle allié de l’Amérique, qui vient de lui acheter pour 12 milliards d’armement, finira par trouver un accord, un deal. Et les Européens penseront à l’Ukraine avant de prendre des décisions défavorables aux ambitions de Trump.
En attendant, la Russie et la Chine apprécient cet affaiblissement de l’Europe et de l’Otan, de cette volonté de Trump d’acquérir un territoire par tous les moyens. La loi du plus fort. On pense à l’Ukraine, à Taïwan. Trump, lui, pensera-t-il aux élections de mi-mandat qui se présentent mal mais qu’il veut gagner par tous les moyens.
