Par Jalel Khaled
Le public venu nombreux investir l’immense Théâtre de l’opéra, ce jeudi 15 janvier, pour assister au récital du pianiste autrichien, Robert Lehrbaumer, n’a pas regretté le déplacement. L’artiste a été remarquable, son récital magnifique.
Il faut dire que ce genre de rencontre avec des artistes de renommée internationale manque désespérément au public mélomane tunisien. Car oui, il y a un public mélomane non négligeable qui ne peut se satisfaire de que ce qu’on lui sert – ou impose- depuis quelques années à travers radios et télévisions publiques et privées, ou lors de soirées dites faussement musicales et où règnent platitude et médiocrité. Il est d’ailleurs étrange que l’Orchestre symphonique tunisien, autrefois véritable réceptacle des artistes confirmés venus des quatre coins du monde, soit devenu aussi discret, inaudible presque, depuis la disparition de son chef, le regretté Ahmed Achour, marquant ainsi une rupture d’avec cette belle tradition de servir de haut lieu de rencontre et de découverte des expériences musicales mondiales les plus confirmées. Il est encore plus étrange que l’on ait constuit une aussi belle salle d’opéra sans avoir pensé auparavant à quoi y présenter.
Pour revenir au récital de Lehrbaumer, et plus encore que la performance d’un pianiste virtuose, c’est la personnalité d’un artiste exceptionnel qui aura marqué la soirée.
Doublé d’un pédagogue ayant un sens aigu de la communication, l’artiste a retenu l’attention de son large auditoire autant qu’il l’a tenu sous le charme de son doigté.
Son anglais hésitant n’a empêché le pianiste autrichien de faire preuve d’emblée d’une intelligence émotionnelle qui a établi aussitôt un rapport d’échange direct et chaleureux avec le public. Soucieux de ne pas trop l’égarer dans un programme complexe ou surchargé, l’artiste a joué subtantiellement des compositeurs romantiques en ouvrant par une « polonaise » de Chopin, suivi d’une « valse ». Il clôturera d’ailleurs avec avec une autre « polonaise » du même Chopin.
Entre les œuvres de l’illustre musicien polonais, le pianiste voyagera avec son public à travers les musiques de Franz Shubert et, appartenance oblige, les valses de Johann Stauss.
L’artiste a fait le choix du romantisme en pensant sans doute à la possible convergence de l’esprit romantique avec le goût et la sensibilité orientaux des Tunisiens. Il n’a pas eu tort. Le public a réagi positivement, chaleureusement, et a accepté cette invitation au voyage musical riche en émotions fortes, en harmonies audacieuses et où le désir de révolte le dispute au sentiment de la mélancolie.
Mais le choix de l’artiste de la musique de la seconde du 19 siècle où le piano était roi, était aussi destiné à mettre en évidence ses hautes qualités de virtuose connaissant ses pièces sur les bouts des doigts et les jouer avec avec fluidité et expression. Même quand il a joué » le conceto italien » Johann Sébastien Bach, le pianiste a réussi à en sortir une émotion toute oientale. Il est vrai comme disait l’historien David do Paço que c’est l’Orient qui a façonné Vienne au dix-huitième siècle.
Un récital de haute facture. Lehrbaumer a fait pousser des ailes à son piano. Le public pouvait que se pâmer devant une telle virtuosité.
