Au pouvoir depuis 2010, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a tissé sa toile sur tout le pays, est en grande difficulté alors que les élections législatives se tiennent ce dimanche. Pour rester aux commandes, il ne recule devant rien.
« Nous devons choisir qui formera le gouvernement : moi ou Zelensky », a-t-il lancé lors d’un rassemblement à Budapest, affirmant faussement que son rival Peter Magyar entraînerait la Hongrie dans la guerre. Tous les jours, durant la campagne électorale, les attaques, la désinformation l’ont visé, lui et son parti Tisza -respect et liberté. La presse est, à 80%, contrôlée par les affidés d’Orban. Il y a trois semaines, le Washington Post a révélé que les services de renseignement extérieur russes auraient même proposé d’organiser la mise en scène d’une tentative d’assassinat contre le chef du gouvernement, afin de « modifier fondamentalement l’ensemble du paradigme de la campagne électorale« , de renforcer la sympathie envers Orban. Ses proches ont « acheté des voix en échange de quelques kilos de pomme de terre, de bois de chauffe ou de quelques dizaines d’euros. On évoque 500 à 600 000 voix, soit dix pour cent de l’électorat.
Pourquoi Viktor Orban, qui brigue un cinquième mandat, est-il autant menacé ? Il était sans rival, avait mis au pas toutes les institutions, la justice, les médias, les milieux d’affaires, les universités et régnait sans partage avec ses proches. Il savait qui il fallait aider, corrompre. Oui, mais l’économie est en pleine déprime. Selon Eurostat, la Hongrie est désormais le troisième pays le plus pauvre de l’Union européenne en termes de PIB réel par habitant et positionne deux rangs plus bas qu’en 2010. En trois ans, le PIB n’a progressé que de 0,2%, les prix ont augmenté de 50% de 2020 à 2025, la TVA est passée à 27%. Le paprika doux, épice traditionnelle de la cuisine locale a augmenté de 2302% depuis 2010. Insupportable pour de nombreux Hongrois. La production industrielle recule et les investissements baissent.
Beaucoup de Hongrois déplorent aussi les atteintes aux droits des minorités sexuelles et de genre multipliées depuis 2020 par le pouvoir qui fait l’amalgame entre homosexualité et pédocriminalité. Le gouvernement d’Orban mène par ailleurs une politique parmi les plus restrictives d’Europe en matière d’immigration : barrière à la frontière sud, refus des quotas européens et droit d’asile quasiment réduit à néant. Cependant, en raison du chômage faible, autour de 5%, le recours à des travailleurs étrangers s’est imposé sous la pression du patronat. Il y aurait environ 100 000 « travailleurs invités » venus surtout des Philippines et du Vietnam, sous-payés et corvéables à merci.
Ces manquements à l’Etat de droit provoquent de vives tensions avec Bruxelles qui a gelé le versement des aides européennes. 18 à 20 milliards d’euros de fonds sont, à ce jour, bloqués. Ce qui explique en partie les difficultés économiques. Mais il faut noter que plusieurs milliards d’euros d’aide n’ont servi qu’à enrichir Orban et ses fidèles.
Pour toutes ces raisons, le Premier ministre leader ultraconservateur, europhobe et pro-russe, risque d’être battu par Péter Magyar. Leader du parti de droite Tisza, fondé il y a deux ans à peine quand il a rompu avec Fidesz et avec sa femme, ministre de la Justice, il promet d’améliorer le quotidien de ses compatriotes et les relations avec Bruxelles et ses partenaires européens. Mais il ne semble pas trop éloigné des positions de son ex patron. Il n’est pas vraiment pro Ukraine ni anti-russe et reste volontairement flou sur la question des droits des minorités sexuelles et de genre. Souvent ses votes de député au Parlement européen ne diffèrent pas de ceux des élus des soutiens d’Orban.
S’il gagne ce dimanche, ce sera grâce aux jeunes électeurs et aux déçus d’Orban qui ne lui accordent pas une confiance totale mais estiment que cela ne peut être pire.
Les Etats-Unis, messager de Trump et venu à Budapest, JD Vance, la Russie et la Chine soutiennent Orban, les déstabilisateurs de l’Union européenne. Seront-ils plus forts que les mécontents hongrois ?
Les instituts de sondages sont partagés. La plupart donnent Peter Magyar victorieux. Les autres mettent en avant le vote des campagnes toujours favorables à Orban. Sa réélection renforcerait l’extrême droite européenne et affaiblirait encore l’Union européenne.
***
Les électeurs désignent les 199 membres du Parlement hongrois. 106 seront élus dans des circonscriptions uninominales au scrutin majoritaire à un tour : seuls les candidats arrivés en tête dans leur circonscription seront élus. Les 93 sièges restants seront attribués à la proportionnelle sur une liste nationale. Les électeurs résidant en Hongrie ont ainsi deux bulletins : l’un pour le candidat local, l’autre pour la liste nationale.
