Après Londres et Paris, Berlin a accueilli, mercredi 15 avril, une conférence internationale des donateurs pour le Soudan en guerre civile depuis trois ans, 55 pays se sont mis d’accord pour fournir environ 1,5 milliards d’euros, une somme qualifiée de « signe positif » par le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wdephul, mais insuffisante pour couvrir les besoins du pays. L’an dernier, ils ne l’ont été qu’à 40%…
« Ce conflit est un cauchemar qui doit cesser » a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a souligné que « le financement à lui seul ne saurait remplacer la paix. Une cessation immédiate des hostilités est essentielle ». Le chef des affaires humanitaires des Nations Unies, Tom Fletcher, a affirmé que « le Soudan est un laboratoire d’atrocités », citant le siège de villes telles qu’El Facher au Darfour, le déni d’accès à la nourriture, l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, ainsi que le ciblage des écoles et des hôpitaux.
Selon des sources fiables, la violence sexuelle, qui s’ajoute aux exactions, vols et pillages, existe dans les deux camps, mais elle est « systématique » chez les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui l’utilisent « comme arme de guerre » à des fins de « nettoyage ethnique ».
De plus, environ 34 millions de personnes — soit les deux tiers de la population — ont besoin d’une assistance humanitaire. La famine a été déclarée l’an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher (sud-ouest), et du Kordofan-Sud, Kadougli (sud), avec 20 autres zones à risque, selon l’ONU. Près de 14 millions de personnes ont été déplacées, 19 millions souffrent de la faim et quelque 10 millions d’enfants sont déscolarisés. Au moins 150 000 personnes auraient été tuées, certains chiffres vont jusqu’à 400 000.
Un calme fragile s’est installé à Khartoum, la capitale reprise par l’armée l’an dernier. Près d’1,7 million d’habitants sont revenus, la reconstruction a commencé dans certains secteurs, les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d’études secondaires se sont tenus cette semaine. Cependant, les nombreuses mines posées par les belligérants provoquent toujours des drames.
La fin des combats à Khartoum ne signifie cependant pas la fin de la guerre. Le Kordofan ainsi que le Darfour – au sud et à l’ouest du Soudan – sont devenus ces derniers mois les principaux champs de bataille de ce conflit. En janvier dernier, l’État du Nil Bleu, frontalier de l’Éthiopie, a lui aussi connu des combats. Sur les 18 États qui composent le Soudan, cinq sont aujourd’hui aux mains des paramilitaires des Forces de soutien rapide, et quatre autres États connaissent des combats.
Si les Forces de soutien rapide du général Mohamed Hamdam Daglo, dit Hemetti, disent lutter contre le chef de l’Etat le général Abdel Fattah Al Burhan, jugé trop proche des islamistes, il s’agit avant tout d’une guerre de pouvoir entre deux hommes naguère unis pour renverser le dictateur Omar el Béchir. Et d’une lutte pour le contrôle des richesses.
A Berlin, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a souligné que « derrière les destructions au Soudan se cache un réseau complexe d’intérêts stratégiques et économiques — ainsi que des profits colossaux ».
Les parties belligérantes « exploitent l’or, le bétail et la gomme arabique du pays pour financer leur guerre », tandis que « des puissances extérieures fournissent des systèmes d’armement sophistiqués et des financements, tout en promouvant leurs propres agendas ».
Les mines aurifères sont principalement contrôlées par les FSR qui acheminent l’or vers les Emirats arabes Unis, Dubaï et Abou Dhabi, avec l’aide de plusieurs pays dont le Tchad et la Libye du maréchal Haftar. Les émirats lorgnent aussi sur les terres agricoles. L’or intéressait aussi le groupe paramilitaire Wagner et maintenant ses successeurs, ce qui procure des devises à Moscou. L’Arabie saoudite, la Turquie et l’Egypte soutiennent l’armée soudanaise pour des raisons différentes, l’or bien sûr, mais également la rivalité avec les émirats pour Riyad et le contrôle des eaux du Nil pour le Caire, ce qui pousse l’Ethiopie du côté des FSR…
Les efforts diplomatiques menés par le Quad (Etats-Unis, Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Egypte) ont jusqu’à présent échoué et on se dirigerait vers une partition du pays. Les paramilitaires des FSR sont soucieux d’installer leur domination sur les régions qu’ils contrôlent. Ils ont installé leur quartier général à Nyala, au Darfour sud, où ils ont installé un gouvernement parallèle, sous la bannière de la coalition « Tasis » composée de forces politiques, de la société civile et de groupes armés qui ont rallié les FSR. Le gouvernement d’Al Burhan est, lui, revenu à Khartoum après s’être installé à Port Soudan.
