Professeur des universités et traducteur reconnu de la littérature tunisienne contemporaine, Abdelhamid Ladhari nous offre ici deux poèmes du grand poète Moncef Louhaibi.
Abdelhamid Ladhari
J’inaugure la publication d’une série de traductions de poètes de langue arabe. Il s’agit aujourd’hui de deux poèmes, « Anna-Livia Plurabelle » et « La Baigneuse ». Je vous les donne à lire l’un après l’autre parce que Moncef Ouhaïbi, l’auteur du premier, a dédié le sien à Abū-Nawās, l’auteur du second. Aux lecteurs de deviner pourquoi.
ANNA-LIVIA PLURABELLE A Abū-Nawās. En souvenir de sa « Baigneuse ».
Elle délia lentement ses tresses Et se prit à songer. Sur l’aile du souvenir, elle se revit sur le lit, Où, de plaisir, elle avait longtemps rugi. L’eau ruisselait, Et de tous ses filets la baignait. Motte après motte, Elle puisait dans le cuivre la pâte odorante. Elle se massait, et sur ses chairs opalines, Sous la main qui passait et repassait, Une ombre diaphane naissait, Révélant au fond de la nuit, Le noir profond du mamelon. Lorsque dans le cristal, Elle eut façonné des bracelets, Un psellion et un collier, Elle humecta deux crayons. Elle se farda les sourcils, Puis, sur la peau moite, Roulèrent essences et aromates. Elle s’enduisit d’eau de cire le nombril, Et avec l’adresse du bateleur, Elle tressa une natte subtile Et y mêla des herbes des prés. Puis, pour la nuit, elle alluma une bougie, Et dans les plis du poème, Elle fit son lit et s’endormit.
أنّا ليفيا بلورابيل إلى أبي نواس ذكرى المغتسلة حلّتْ على مهلٍ ضفائرَها سَرَحتْ قليلا وهي تَذكُر في السَّرير عُواءَ مُتعَتها وكان الماءُ مُنهمِرًا تَنْحَلُّ كلُّ خيوطِه فيها وقد حَفَنَتْ من الطَّمْيِ المُعطَّرِ في النُّحَاسِ ودَلّكَتْ ضَوءَ الجسدِ حتّى تُكَسّرَ ظِلّهُ وأَضاءَ في غَبشِ الظّلامِ سَوَادُ حلمتها حتى إذا صَنَعَتْ من البِلّورِ أَسْوِرَةً وخُلخالا وعِقْدًا بَلّلتْ قلمينِ وانْهمَكَتْ تُلوِّنُ حاجبين وبَشْرَةً منها بأوراقِ النَّباتِ وبالزّبدْ دَهَنَتْ بماءِ الشَّمْعِ سُرَّتَهَا وطَوَتْ بخفّةِ بَهلوانٍ خصْلةً منها ولَفَّتها بأعشاب المُرُوجِ وأَوْقَدَتْ للّيْلِ شَمْعَتَهَا ونَامَتْ في القَصِيدَةْ.
LA BAIGNEUSE Abū-Nuwās
Elle ôte sa nuisette et à la cascade se prête. Emue, la pudeur l’étreint et sa joue rosit. Elle offre, toute nue, à l’haleine de l’air Sa fine silhouette, plus subtile qu’éther. Elle tend la paume de sa main d’ondine Et, dans les fonts, remue l’eau qui attend. Quand elle eut fini, qu’en hâte elle se lève Et s’apprête à se saisir de l’habit, Du voyeur elle voit l’ombre se profiler. Alors, de noir, elle drape la lumière Et sous le voile de la nuit, l’aube s’évanouit. Seul témoin : gouttes qui sur des gouttes gouttent. Alors, disons-le : Gloire à Dieu qui la créa Et le parangon de la Femme il en fit.
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