En frappant dans la nuit de jeudi à vendredi dernier un lycée à Starobilsk dans l’oblast occupé de Louhansk, l’Ukraine, qui se vante avec justesse de ne taper que des cibles militaires, a-t-elle commis une bavure. 21 morts, 40 blessés dont beaucoup de jeunes filles. Poutine parle de « crime terroriste », Zelensky d’« informations trompeuses ». Ses militaires affirment avoir frappé l’un des quartiers généraux de l’unité d’élite russe de drones « Rubikon » à Starobilsk. Rien ne permet de trancher, mais il est certain qu’il s’agit bien d’un collège technique qui pouvait abriter une école de pilotes de drones.
Régulièrement accusée de viser des civils, la Russie a cherché à tourner à son avantage cette attaque ukrainienne. Elle a fait venir des journalistes occidentaux sur place qui n’ont pu ni voir ni interroger des survivants ou des témoins. Une opération de propagande qui ne prouve rien mais laisse planer le doute. Une opération qui, aux yeux du Kremlin, légitime les représailles et la guerre menée depuis plus de quatre ans contre un régime « fasciste ».
Dès ce dernier weekend, drones et missiles ont été lancés sur Kiev et sa région afin de terroriser les Ukrainiens. Un missile balistique hypersonique Orechnik a même été utilisé pour adresser un message aux Occidentaux qui mèneraient une guerre contre la Russie par l’intermédiaire de Kiev. Lundi, le Kremlin appelait les ressortissants étrangers vivant à Kiev, dont les personnels diplomatiques, à quitter la capitale ukrainienne avant de nouveaux bombardements de l’armée russe. Une telle demande avait déjà été faite avant le 9 mai, Moscou avertissant de représailles si l’Ukraine troublait la fête de la victoire sur les nazis. Aucune capitale n’accepte ce qui ressemble à une menace, à un chantage.
Pourquoi cette attitude de Moscou ? Les Occidentaux parlent de fébrilité russe et évoque les difficultés militaires et économiques qui commencent à affaiblir le maître du Kremlin. Aucun progrès sur le front, davantage de pertes que de recrues chaque mois, pénurie de soignants dans les hôpitaux civils remplis de blessés venus du front, de plus en plus de cibles frappées en profondeur qui réduisent les capacités de raffinage, recul du PIB… Les Russes se rendent compte que c’est bel et bien la guerre et s’interrogent sur le pouvoir. Le 9 mai, Poutine a promis à son opinion publique que la fin de la guerre pouvait être proche, mais en réalité, il ne cède rien et exige une victoire, au moins la reconnaissance par l’Ukraine que les oblasts occupés totalement ou partiellement sont bien russes.
Aujourd’hui, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, en, visite en Inde, a déclaré que « les Etats-Unis sont prêts et disposés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faciliter la fin de cette guerre, et nous espérons que l’occasion se présentera à un moment donné ». Le président finlandais Alexander Stubb propose aussi de négocier avec Poutine au nom de l’Union européenne.
Des experts, s’interrogeant sur ce qui se passe à Moscou sont d’accord avec le Français Michel Duclos, de l’institut de réflexion Montaigne qui écrit qu’« on serait tenté de se référer aux années 1980 lorsqu’au Kremlin les choses commencèrent à bouger : la Russie d’aujourd’hui bute sur l’obstacle ukrainien comme l’URSS jadis +cala+ devant la résistance afghane ».
