Sur les réseaux sociaux, Robert Brovdi, commandant ukrainien en charge d’ opérations de drones avertit ses concitoyens : « les épreuves les plus difficiles restent à venir. Des innocents meurent et continueront de mourir. On n’en voit pas la fin ». Au Kremlin, le porte-parole Dmitri Peskov confirme indirectement quand il déclare qu’ « il n’existe aucune raison d’être optimiste» et que « la dynamique sur le front est bien connue. L’opération militaire spéciale se poursuit ».
Sur ce front, principalement dans le Donbass, le nombre de morts et blessés n’a jamais été aussi élevé : la Russie a perdu plus de 42 000 soldats en juillet selon Kiev qui ne donne aucun chiffre sur ses propres pertes qui seraient deux à trois fois moins lourdes. Mais ces chiffres effrayants ne retiennent plus l’attention attirée aujourd’hui par un changement majeur, un tournant dans ce conflit qui dure depuis quatre ans et demi : les civils sont devenus des cibles prioritaires.
Les Russes, qui les visent directement via des missiles et des bombes planantes, cherchent à épuiser la population, à la faire plier, à la priver de chauffage cet hiver. Les Ukrainiens poursuivent leur « opération 40 jours » qui n’a évidemment pas « forcé la paix », mais qui commence à porter ses fruits, à savoir faire entrer la guerre dans le quotidien des Russes. Avec ce que Zelensky appelle des « sanctions à longue portée », les raffineries, des stations-service et depuis un mois, les entrepôts de Wildberries, l’Amazon russe ou, en bien plus important, le Rozetka ukrainien, sont touchés régulièrement. Ces frappes en profondeur qui modèlent une nouvelle forme de guerre sont rendues possibles grâce au développement des drones. L’Ukraine est capable d’en fabriquer 10 millions par an !
Si les Russes sentent le poids de la guerre, il n’y a pas de risque de révolte contre Poutine qui intensifie la répression et remportera massivement les élections législatives dans un mois. On note cependant que les Russes retirent de plus en plus leur argent des banques – l’équivalent de plus de 24 milliards d’euros en sept mois- de peur que l’Etat le prenne pour financer sa guerre ou pour quitter le pays, comme en 2022.¨Partir pour ne pas être envoyé au front ? Poutine pourrait recruter de force ou décréter une mobilisation de quelque 500 000 hommes après les élections.
Pas de paix en vue sauf que le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a parlé de négociations ce matin. Il a affirmé que l’administration américaine faisait preuve d’une « compréhension de la position de la Russie » et semblait disposée à amorcer un « dialogue constructif ». Il a cependant ajouté que Washington devait faire fléchir l’Ukraine et les Européens. Rien de nouveau ou bien la confirmation implicite des difficultés rencontrées par le Kremlin ?
