Une première depuis la Seconde Guerre mondiale. En Allemagne, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), formation antimigrants, russophile et pro-Trump, remporte une très large victoire à l’élection régionale de Saxe-Anhalt.
Plus de 1,7 million d’électeurs étaient appelés à choisir leurs députés dans ce scrutin crucial pour la coalition fédérale du chancelier conservateur Friedrich Merz, de plus en plus impopulaire.
Avec entre 44 et 44,5%, l’Alternative pour l’Allemagne devance largement les conservateurs (CDU) qui obtiendraient 18,5%, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote pour les chaînes ARD et ZDF. Si ces scores se confirment lors du décompte, la droite radicale obtiendrait 39 sièges au parlement régional, alors qu’il en faut 42 pour la majorité absolue
«Nous avons écrit l’Histoire dans ce pays», a proclamé Ulrich Siegmund, chef régional de l’AfD, à l’antenne de l’ARD. «Nous avons besoin d’un changement politique fondamental dans ce pays, avec une politique qui s’occupe enfin à nouveau de nos propres intérêts», a-t-il ajouté.
Expulsion des étrangers et modification des programmes scolaires
S’il gouverne, il a promis de multiplier les expulsions d’étrangers, de modifier les programmes scolaires d’histoire, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIe Reich ou encore de sortir de l’audiovisuel public allemand, jugé anti-AfD.
Ulrich Siegmund, star des réseaux sociaux, joue aussi sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants qui s’estiment défavorisés par rapport à leurs cousins de l’ouest et aux migrants. Geste symbolique, il est arrivé au bureau de vote dimanche avec sa femme Julia sur une Simson, mobylette iconique de l’ex-Allemagne de l’Est.
M. Siegmund peut déjà se targuer d’avoir infligé une défaite retentissante aux conservateurs (CDU) du chancelier Merz et du chef de l’exécutif régional, Sven Schulze.
Cordon sanitaire
Friedrich Merz, arrivé au pouvoir en mai 2025 avec notamment un programme de durcissement migratoire pour siphonner les voix de l’AfD, est au plus bas dans les sondages, plombé par une économie en difficulté, des disputes avec ses partenaires socio-démocrates au gouvernement et des gaffes à répétition.
Si l’AfD rate la majorité absolue, elle devra, pour gouverner, réussir à rompre le cordon sanitaire dressé par la classe politique, qui refuse toute alliance avec la droite radicale. Mais le débat pourrait s’ouvrir au sein de la CDU.
De son côté, Sven Schulze, pour rester à la tête de Saxe-Anhalt, devra lui trouver une entente avec toutes les autres formations représentées. Deux Etats régionaux voisins, la Saxe et la Thuringe, ont ainsi des gouvernements minoritaires menés par les conservateurs dépendants du soutien de la gauche radicale.
Dimanche, au moment de son vote, celui dont la mission est d’empêcher l’AfD de gouverner a dit avoir « tout donné ». « Cela a été véritablement épuisant ».
Enfin, des renforts policiers ont été déployés dimanche de crainte de débordements entre pro- et anti-AfD. Des grilles métalliques ont été érigées autour du Landtag, le parlement régional, et de nombreux policiers patrouillent, selon des journalistes de l’AFP.
