Son score historique de 44% ne lui permet pas de former un gouvernement majoritaire dans le Land de Saxe-Anhalt – il lui faut trouver trois voix- mais sa victoire provoque un choc énorme en Allemagne et inquiète en Europe et au-delà. En effet, l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, est un parti d’extrême droite pro russe qui, selon le ministre français des Affaires étrangères, « trahit l’esprit européen ». Totalement anti musulman et anti migrants, il prône la remigration, y compris de naturalisés allemands et la suppression du droit d’asile. Son programme prévoit la révision des cours d’histoire avec « davantage de Bismarck et moins d’Hitler, la lutte contre les minorités sexuelles ( même si sa patronne Alice Weidel, lesbienne, a pour compagne une citoyenne suisse d’origine sri-lankaise) et, bien sûr la sortie de l’Union européenne.
La victoire de l’AfD, qui était arrivée en deuxième position aux législatives de 2025 avec 20,80% des suffrages et vise 40% aux prochaines, réjouit les partis populistes- mais pas le RN français- qui, comme l’ancien dirigeant hongrois Viktor Orban, espèrent que « ce n’est qu’un début ». De l’autre côté de l’Atlantique, Elon Musk, qui avait fait campagne pour ce parti, a écrit en allemand sur X « bien joué » tandis que Donald Trump a publié les résultats sans commentaire. Cependant, un de ses proches, l’ancien ambassadeur américain en Allemagne Richard Grenell, a salué « une grande victoire et un nouveau jour pour l’Allemagne ».
Pour la presse allemande, ce n’est pas un jour de gloire, loin de là. Die Zeit parle d’un « tournant historique pour la démocratie allemande » et Der Spiegel écrit que « la fin de la démocratie libérale en République fédérale devient envisageable ». Les principales Églises allemandes ont exprimé leur « grande inquiétude » car « le Land est divisé. Notre préoccupation porte sur la paix sociale et le vivre-ensemble ». Le patronat exprime également ses craintes. En début d’après-midi, ce lundi, Friedrich Merz, de plus en plus critiqué et que Der Spiegel ne voit pas comme « l’homme de la situation » a déclaré qu’il était « profondément choqué et secoué » et reconnu qu’ « il en va ni plus ni moins du futur de notre pays ». Il va, a-t-il dit, poursuivre les réformes en les expliquant mieux pour convaincre.
On en saura plus après les élections à Berlin et dans le Mecklenburg-Vorpommern qui se dérouleront le 20 de ce mois, mais déjà, on se pose des questions à Bruxelles sur l’avenir de l’Union européenne. La France et la Pologne pourraient voir l’an prochain des victoires de l’extrême droite ; le parti Vox peut arriver au pouvoir en Espagne et en Italie, Giorgia Meloni est menacé par une nouvelle formation pro russe ; la Suède le 13 septembre, la Lettonie en octobre, l’Estonie en mars, la Finlande en avril, la Grèce courant juillet et la Slovaquie connaîtront aussi le passage aux urnes.
A Bruxelles, où l’on note l’affaiblissement de l’Allemagne au moment où elle entend jouer un rôle majeur, on se pose une question cruciale : quel visage aura l’Union Européenne dans un an ?

