Au second semestre de cette année, les entreprises françaises ont versé 70,4 milliards d’euros à leurs actionnaires, se classant deuxième pays au monde derrière les Etats-Unis et loin devant l’Allemagne (51,3) ; le taux d’épargne est de 17,4%, soit en moyenne 240 euros par mois pour un total qui s’élève aujourd’hui à quelque 6 300 milliards d’euros. La France va donc bien ? Non si l’on en croit ses politiques, sa presse et le nombre de manifestants qui se plaignent dans ses rues. Policiers, enseignants, pompiers, agents de la fonction publique, salariés de l’énergie, psychiatres, pharmaciens, cheminots, conducteurs de bus, agriculteurs, pêcheurs -une liste non exhaustive- se plaignent de leur situation difficile due à la sécheresse, au manque de moyens, de considération, aux salaires trop bas, à l’inflation… Sept Français sur dix s’attendent à une dégradation de leur pouvoir d’achat et un quart d’entre eux est à découvert dans sa banque dès le 18 du mois. Le PIB par habitant est au-dessous de la moyenne européenne, derrière celui des Maltais ou des Chypriotes et bien sûr des Allemands (48 000), des Hollandais 55 600) ou des Belges (47 700). En déclin, la France serait, selon certains, en train de sortir du cercle des pays riches… Alors, la septième puissance mondiale irait mal, décrocherait…
Amplifiée par la hausse du prix des carburants (merci Monsieur Trump), une colère sociale monte, relayée et entretenue par les candidats à la présidence qui promettent tous avoir des solutions pour rétablir la confiance et retrouver le chemin du progrès. A ceux qui dans la rue crient que « plus ça va, plus ça va monter », le gouvernement de Sébastien Lecornu se contente de répondre que leurs « revendications sont au cœur » des consultations avec leurs représentants, avec les syndicats. Oui, mais la France n’a plus d’argent même si Le Pen et Mélenchon savent où en trouver, l’Europe, l’immigration ou les riches…
Le président Macron recevait jeudi matin les chefs des partis représentés au Parlement, ou leur candidat à la présidentielle, pour évoquer la « dégradation rapide » de la situation internationale et ses « conséquences en France sur la sécurité et l’énergie ». Jeudi, son ministre des Affaires étrangères a déclaré que le prix des carburants pourrait encore augmenter.
La France irait donc vraiment mal, mais ce sentiment n’est pas nouveau. Le 30 mai 1868, Henri Rochefort écrivait dans le premier numéro de La Lanterne : « La France contient 36 millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement ».
