Très satisfait de l’opération « Vivaldi » qui a permis de reprendre environ 125 à 140 kilomètres carrés dans la région du Donbass, Volodymyr Zelensky a affirmé que « les pertes russes avaient augmenté ces derniers mois, pour atteindre désormais 42 000 morts et blessés par mois, contre 30 000 à 32 000 en début d’année ». Sur le front, les combats sont toujours là, très meurtriers, mais dans une indifférence quasi générale. L’important, le « truc à suivre », c’est l’autre guerre, celle des drones dopés à l’intelligence artificielle et des missiles que se livrent l’Ukraine et la Russie. Parfois 1000 par jour, ce qui est un objectif quotidien reconnu.
Si les deux pays s’efforcent par différents moyens de recruter des combattants qui vont aller mourir sur le front, ils savent que la guerre ne se gagnera pas là. Et, depuis des mois, ils essayent d’affaiblir l’adversaire en rendant la vie de plus en plus difficile dans les villes et villages. L’Ukraine annonce qu’elle va poursuivre les attaques contre les raffineries pour faire sentir de plus en plus le poids de la guerre aux populations, la Russie bombarde Kiev, ses ponts et d’autres villes pour perturber la vie de tous les jours. Poutine veut imposer aux Ukrainiens un hiver terrible sans chauffage ni électricité afin, croit-il, de pousser Zelensky à la capitulation. Ce qui n’arrivera pas. C‘est ce que signifie la visite à Kiev non annoncée du chancelier allemand Friedrich Merz malgré l’avertissement lancé par Sergueï Lavrov de ne pas s’y rendre. Il a répété son soutien et celui de l’Europe et réaffirmé que « si la Russie n’est pas stoppée, sa machine de guerre se retournera tôt ou tard contre nous ». Déjà, avec sa guerre hybride et ses ingérences, il cherche à faire peur aux Européens, à les convaincre de peser sur les gouvernements pour qu’ils cessent d’aider l’Ukraine.
En frappant les raffineries russes, Zelensky poursuit un but semblable : augmenter la lassitude des Russes qui se manifestent de plus en plus et les pousser à manifester pour une fin de la guerre. Toutefois, comme le dit un ancien ambassadeur français à Moscou, Pierre Lévy, « Poutine est allé trop loin pour ne pas aller plus loin ».
Une question reste posée : le maître du Kremlin agit-il parce que, persuadé qu’il va gagner, il se sent fort ou accroît-il sa pression militaire parce qu’il sent son pays affaibli ?
Pour les deux camps, les drones mènent une guerre économique et aussi politique.
