Le nom des finalistes était connu mais l’ordre d’arrivée n’est pas celui qui était annoncé : Flavio Bolsonaro fils de Jair, l’ancien président d’extrême-droite condamné à 27 ans d’emprisonnement pour tentative de coup d’Etat après sa défaite de 2023 devance Luiz Inácio Lula da Silva de deux points, 47% contre 45. Un résultat « inattendu » a reconnu l’ancien ouvrier métallurgiste qui pensait gagner dès ce dimanche. « Le match va commencer. Nous sommes dans les prolongations, et c’est là que nous allons convaincre le peuple brésilien » s’est-il consolé, mais, à 81 ans ce mardi, il semble plus proche de la retraite que d’un quatrième mandat car la victoire du clan Bolsonaro dépasse le seul cadre présidentiel. La droite, souvent extrême, enregistre aussi une large victoire dans les autres élections – gouverneurs, députés, sénateurs- et trois membres de la famille Bolsonaro, la femme de Jair et deux enfants ont été élus. Flavio Bolsonaro, qui se dit plus « modéré » que son père, promet de « libérer le peuple brésilien » et affirme que le pays a besoin de changement car « il ne supporte plus tant de souffrance, tant d’impôts élevés, tant de femmes tuées, tant de persécution politique ».
Le bilan de Lula, qui, dans les années 2000, a sorti de la pauvreté des millions de Brésiliens, n’est pas mauvais mais la croissance est en baisse et la dette en hausse tout comme le coût de la vie et la criminalité souvent liées aux interventions policières (6 602 morts en 2025, soit 18 par jour en moyenne). De plus, les inégalités demeurent et le surendettement, dû à la facilité d’obtenir des crédits, touche plus de 80 millions de personnes. Flavio Bolsonaro veut régler les problèmes économiques en suivant les méthodes radicales de l’Argentin Milei et la criminalité en s’inspirant des méga-prisons inhumaines du Salvadorien Nayib Bukele. Le social et l’environnement ne semblent pas trop l’intéresser.
Lula semble donc mal parti d’autant que les petits candidats éliminés appartiennent principalement à la droite. Son espoir réside dans les 21% d’abstentionnistes -30 millions d’électeurs- malgré le vote obligatoire. Il a 2,5 millions de voix de retard. Cependant, les Brésiliens qui votent plus pour un homme que pour un parti, ont tendance, en cas d’indécision, à choisir celui qui a le plus de chance de gagner. Et les évangélistes qui montent face aux catholiques dont le nombre baisse ont très majoritairement voté pour Bolsonaro.
Jusqu’au deuxième tour, le 25 octobre, la bataille sera impitoyable avec un enjeu majeur, capital : l’avenir du pays. Sera-t-il souverain ou tombera-t-il dans le giron des Etats-Unis de Trump. Depuis 2025, 7 pays ont porté au pouvoir des candidats de droite ou d’extrême droite et l’Amérique latine compte douze président -es alignés sur Donald Trump. La doctrine Monroe, rebaptisée Donroe, c’est-à-dire la domination totale des Etats-Unis sur toute l’Amérique. N’oublions pas que le Brésil possède environ 23% des terres rares et que la seule mine à en produire à l’échelle commerciale vient de passer aux mains d’une entreprise américaine soutenue par le gouvernement Trump. Ce dernier, à la demande des Bolsonaro, a classé deux groupes criminels comme « organisations terroristes étrangères » ce qui lui donne la possibilité d’intervenir militairement. D’autre part, en arrimant le Brésil, membre éminent des BRICS, à son camp, Trump lutte contre la Chine qui est son premier partenaire commercial.
