« Je n’ai jamais pensé à quitter le pays » répondait Flavio Bolsonaro à son frère Eduardo, réfugié au Texas et condamné à Rio pour lobbying auprès des Etats-Unis afin qu’ils sanctionnent le Brésil, qui lui conseillait de partir en cas de défaite à la présidentielle. Après avoir voulu contester le résultat devant la justice, il avait renoncé en apprenant que Trump n’interviendrait pas en sa faveur même s’il déclarait que l’élection semblait « truquée ». Il affirmait qu’il dirigerait l’opposition et l’organiserait « pour bâtir une forteresse contre le barbarisme ».
Finalement, sachant qu’il était accusé de corruption, de détournement et blanchiment d’argent, il a préféré la fuite à un procès qui aurait pu l’envoyer en prison. Au lieu de remettre ses « documents de voyage » comme il l’avait promis ; il les a utilisés pour quitter, avec sa femme et ses deux filles, le Brésil pour l’Equateur via l’Argentine. Il est arrivé ce mercredi à Miami, après que Donald Trump a dit à la presse : « J’approuverais » sa venue, « Je pense que ce sont des gens bien. L’élection a été très étrange, et j’ai trouvé cela terrible » ?
Au Brésil, les électeurs de Flavio Bolsonaro sont partagés. Les uns lui donnent raison de fuir « la dictature judiciaire », les autres sont consternés et le traitent de « lâche ». Le président Lula juge que « le fait de quitter le pays est honteux », mais le départ de son rival ne va pas lui rendre la tâche plus facile. Les marchés et les milieux économiques espéraient la victoire de l’opposant et, à l’annonce des résultats, la bourse de Sao Paulo a chuté de 17%, la monnaie, le réal, a perdu 10% et les actions des principales entreprises, dont la pétrolière Petrobras, ont baissé. De plus, l’ancien métallurgiste qui en est à son quatrième mandat, devra se confronter à un Parlement, Sénat et Chambre des députés, dominé par la droite conservatrice qui suivait plutôt Bolsonaro. Lula qui n’a pas vraiment de programme et a toujours, sans forcément réussir, voulu être du côté du peuple, devra faire des compromis, se résoudre à des mesures impopulaires.
Durant son troisième mandat, il a multiplié les dépenses publiques pour faire face à la crise, mais aujourd’hui, une cure d’austérité semble s’imposer tant la dette est devenue le problème numéro un. A près de 2 000 milliards d’euros, elle représente 82,9% du PIB et devrait monter l’an prochain à 88%. Avec un taux d’intérêt énorme, 13,75%. Le déficit public atteint 9,48% du PIB. 8é% des ménages sont également endettés ou surendettés. Le crédit est facile, mais les taux de remboursement élevés, plus de 400% par an pour le crédit renouvelable !

Le nouveau gouvernement devra aussi faire face au défi sécuritaire. 47% de la population considère l’insécurité comme le plus grand problème auquel le pays est confronté. Pas évident de trouver des solutions car, dans de nombreuses favelas, des policiers font partie des gangs…
Lula, qui se voit en écologiste et a, effectivement, réduit drastiquement la déforestation en Amazonie, pourrait pour trouver des ressources plus importantes accroître l’exploitation pétrolière, notamment en Amazonie riche en gisements. Septième producteur mondial de brut, le Brésille mastodonte a atteint l’année dernière un record historique de production : 3,77 millions de barils par jour.
Lula a bien gagné, mais son pays risque une crise économique et sociale.
