Jeudi, les cortèges revendicatifs ont fait le plein sans trop de casse et de violence et la mobilisation ne faiblit pas. Quelques lycées et campus sont encore bloqués ou perturbés aujourd’hui et des manifestations sont annoncées pour demain. La France voit une certaine convergence des colères et se demande jusqu’à quand cela va durer. Une certaine peur se développe dans un pays qui va mal et, dans de nombreuses villes, des commerçants attendent les clients qui ont déserté au profit des sites de ventes en ligne…
Les revendications des lycéens, qui ont reçu des débuts de réponse, semblent passer au second plan derrière celles des syndicats et, en fait, de tous les Français qui se plaignent de la baisse de leur pouvoir d’achat. Les organismes officiels confirment : l’Insee reconnaît une baisse depuis l’an dernier et le ministère du Travail annonce un recul de 1,1% du salaire mensuel de base en un an. « Le salaire ne suffit plus pour finir le mois » entend-on dans les manifestations.
Normalement, habituellement, à moins de six mois d’une élection présidentielle, on patiente, on attend le nouvel élu pour obtenir ce que l’on demande. Cette fois, les protestataires, les syndicats, les lycéens s’estiment en position de force face à un gouvernement en bout de course dépourvu de réels moyens d’actions en raison de la dette abyssale et aussi du comportement des députés qui, au lieu de rechercher des économies ont proposé une quarantaine de milliards d’euros et ont rejeté le projet de budget, ne lui accordant aucune voix.
Qui va céder ? Lundi, le Premier ministre réunit une conférence sociale avec les syndicats et le patronat. La CGT réclame une hausse du Smic de 10% -il est à 1,477,93 euros net-, la CFDT de 200 euros et le Medef est plus que réticent mettant en garde contre un alourdissement du coût du travail qui pourrait aboutir à 200 000 licenciements. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, souhaite franchir le cap des 1500 euros net. On est loin du compte, les négociations battent leur plein.
A qui profite cette crise, cette mobilisation inédite depuis de longues années ? A Marine Le Pen qui n’a même pas besoin de parler pour engranger des voix. Et à Jean-Luc Mélenchon qui a su attirer le vote des jeunes. Tous les deux promettent beaucoup, avec de beaux programmes non financés. Des leurres, des mensonges mais si rien ne bouge, l’un des deux, sans doute Marine le Pen, s’installera à l’Élysée en mai prochain. Leurs rivaux peuvent encore s’unir pour déjouer les pronostics et David Lisnard, l’homme qui monte, peut surprendre. A moins qu’une femme surpasse tous ces prétendants : Christine Lagarde, à la compétence internationalement reconnue, quitte la présidence de la Banque centrale européenne en février. Et si elle briguait l’Elysée ? « Je veux avoir la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de m’engager sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire », a-t-elle expliqué en annonçant qu’elle quittait la BCE.
