« Nous sommes prêts à passer la frontière, à intervenir pour faire tomber le régime », disaient il y a quelques jours des combattants kurdes iraniens qui, du côté d’Erbil dans les montagnes du Kurdistan irakien, attendaient un feu vert. Jeudi, Donald Trump avait approuvé une telle intervention, « je suis tout à fait pour » indiquait-il à la presse. Il s’était entretenu avec les leaders kurdes irakiens et avec celui, iranien, du Pjak, Parti pour une vie libre au Kurdistan. Selon le Washington Post, il l’avait même menacé : « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ». Malgré les démentis de la maison blanche et d’Hegseth, CNN et le site Axios affirmaient que les Etats-Unis et Israël allaient livrer des armes.
Hier, dans son avion qui le ramenait en Floride, le président américain faisait volte-face et confiait aux journalistes qui l’accompagnaient : « Je ne veux pas que les Kurdes entrent en Iran… Ils sont prêts à y aller, mais je leur ai dit que je ne voulais pas qu’ils y aillent… La guerre est déjà assez compliquée comme ça… Nous ne voulons pas voir les Kurdes blessés ou tués ».
Pourquoi ce revirement ? Trump n’a pas de véritable stratégie et s’adapte aux circonstances. Une intervention kurde apparaissait hasardeuse : au maximum 10 000 combattants face à 150 000 pasdarans. Les factions kurdes, parfois opposées idéologiquement mais unies contre le régime, posaient des conditions comme la fourniture de renseignements militaires de la CIA et… des armes, voire une zone d’exclusion aérienne. Les Kurdes irakiens, qui jouissent d’une large autonomie dans leur Kurdistan, ne souhaitaient pas participer, s’engager. La Turquie, toujours opposée aux revendications kurdes, avait mis en garde contre toute tentative de « déclencher une guerre civile en Iran en instrumentalisant les clivages ethniques ou religieux ». Ce risque est réel et chaque minorité aurait pu exiger l’autonomie.
Et surtout, les partis kurdes redoutaient d’être une fois de plus abandonnés par les Américains. Qu’auraient-ils fait si les combattants étaient en difficulté face aux gardiens de la révolution ? Rien ? Si Trump décidait de passer un deal avec le nouveau guide suprême élu ce matin, quel serait leur sort, leur avenir ?
Trop d’incertitudes d’autant que le locataire de la Maison Blanche ne veut pas trop s’engager, ni perdre le soutien de sa base. Mieux valait temporiser…
En attendant, il donne la note de quinze sur dix pour son action en Iran et assure que la campagne aérienne pourrait rendre les négociations inutiles si tous les dirigeants potentiels de l’Iran étaient tués et que l’armée iranienne était détruite. « À un moment donné, je pense qu’il ne restera plus personne pour dire « Nous nous rendons».
