Il y a quinze ans, ce mercredi, le régime de Ben Ali tombait et la Tunisie inaugurait ce que l’on appelle le printemps arabe, l’espoir d’une véritable démocratie. Hier, dans un quotidien francophone tunisien, louait l’action du président dont « l’idée centrale est le retour au pouvoir du peuple souverain ». Selon lui, Kais Saied « considère que les structures politiques intermédiaires ont trahi la révolution de 2011 et qu’il est temps de redonner une place de choix au peuple pour qu’il dise son dernier mot ».
Les médias français qui s’intéressent à cet anniversaire sont d’un tout autre avis et présentent un régime autocratique, un président qui accapare tous les pouvoirs. Franceinfo tire sur « les espoirs démocratiques douchés » et écrit qu’ « une dictature a fini par en remplacer une autre, après une parenthèse démocratique de dix ans », explique que le président « élu dans la liesse » bénéficiait d’ « un soutien populaire qu’il va utiliser comme levier pour étendre son pouvoir et revenir, sans faire de bruit, vers un régime autoritaire, où les oppositions sont muselées, les voix critiques menacées et la justice aux ordres ».
Radio France note que « depuis son coup d’État constitutionnel de l’été 2021, Kaïs Saïed s’est octroyé tous les pouvoirs » et pose la question : « qui aurait pu imaginer que cet obscur professeur de droit, élu président à une large majorité, se transforme en autocrate ? (…) Le Parlement tunisien n’est plus qu’une chambre d’enregistrement, la justice ne répond plus qu’aux ordres du palais… Le président tunisien est devenu le juge suprême du pays ».
Nouredine Ben Ticha, ancien conseiller du président Béji Caïd Essebsi, indique que ,cloîtré dans son palais, Kaïs Saïed entretient peu de lien avec la population : « C’est un fantôme qui maintient le pouvoir éloigné de son peuple ». Hatem Nafti, chercheur auprès du think tank Noria Research, et l’auteur de Notre ami Kaïs Saïed, essai sur la démocrature tunisienne, note aussi que son usage de l’arabe classique, éloigné du dialecte tunisien, crée une distance avec le peuple.
Le Monde écrit que « dans la Tunisie gouvernée par Kaïs Saïed, la justice a cessé d’être un contre-pouvoir. Elle est devenue un instrument de discipline politique. On n’arbitre plus, on neutralise. On ne juge plus, on dissuade. Et l’on accepte désormais que des corps s’abîment, que des vies soient mises en péril au nom d’un ordre présenté comme nécessaire ».
Le Monde, critique de l’attitude de nombreux pays de l’Union européenne qui « oscille entre indifférence calculée et duplicité assumée », s’inquiète, comme d’autres médias, de l’état de santé de l’avocat Ayachi Hammami, défenseur des droits humains, incarcéré depuis décembre sans motif réel et en grève de la faim, en danger de mort. Par contre, la presse se réjouit de la libération, enfin, de la journaliste Chadha Hadj Mbarek. A 27 ans, elle souffre de deux cancers, à l’estomac et à la poitrine, qui nécessitent des interventions chirurgicales urgentes et distinctes, selon sa famille.
