« Hier, le fléau du terrorisme est entré dans le processus menant à sa fin. Aujourd’hui est un nouveau jour, une nouvelle page s’est ouverte dans l’Histoire. Aujourd’hui, les portes d’une grande, puissante Turquie ont été ouvertes en grand », a affirmé Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Il saluait le geste d’une trentaine de combattants du PKK qui, dans le Kurdistan irakien, ont jeté leurs armes et les ont, symboliquement, brûlées.
Le 27 février dernier, le leader kurde Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 26 ans, avait appelé le mouvement à « déposer les armes et (…) à se dissoudre ». Le 12 mai, le PKK avait acté sa dissolution.
Cette démarche sera-t-elle suivie de négociations, de réconciliation et de véritable paix ? Juste après avoir jeté ses armes, , Bese Hozat, coprésidente du Parti des travailleurs du Kurdistan, a exigé la libération de son fondateurs Abdullah Öcalan. « C’est notre exigence première et une condition fondamentale » pour poursuivre le processus de paix. Le pouvoir n’a rien promis et ne parle jamais de la démocratie souhaitée par les Kurdes et un grand nombre de Turcs.
Le pouvoir, qui ne semble pas envisager d’amnistie, n’évoque pas tous les problèmes à résoudre, à surmonter. Ocalan a, apparemment, renoncé à un État autonome, à une autonomie, mais les Kurdes veulent des droits politiques, culturels et religieux, la pratique de leur langue, leur participation à la vie du pays dans tous les domaines. De nombreux prisonniers politiques croupissent dans les geôles du Poutine du Bosphore et l’appel d’Ocalan n’avait pas fait cesser la répression. Ces derniers mois, de nombreux maires de l’opposition, du parti républicain du peuple et du parti pro kurde de la démocratie et de l’égalité des peuples, ont été arrêtés, dont le principal rival d’Erdogan, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu. « Là où il y a un journaliste ou un politicien influent, ils le réduisent au silence » constate Zaydan Karalar, maire d’Adana, arrêté il y a quelques jours. La majorité des personnalités emprisonnées sont accusées d’« appartenance à des organisations terroristes ».
La Turquie est très loin devant les 45 autres pays du Conseil de l’Europe en matière de taux d’incarcération depuis le coup d’État manqué du 15 juillet 2016, et les purges qui ont suivi.
Ankara dit sa « détermination à soutenir tous les efforts en faveur du désarmement, de la stabilité et d’une réconciliation durable dans la région », mais on peut douter car les précédents processus de paix ont échoué. Et les observateurs sont d’accord pour juger qu’une très forte défiance subsiste entre le PKK et l’État turc.
La suite du processus dépendra aussi des relations avec l’Irak et la Syrie -Ankara veut la fin du Rojava- et des intentions d’Erdogan au sujet de la présidentielle qui doit se tenir avant mai 2028. Il ne peut se représenter mais pourrait chercher des alliés afin de modifier la constitution…