Accueilli par une standing ovation des députés israéliens, prononçant un discours scellant l’amitié entre les deux pays et se terminant par un « Am Israël Haï », « le peuple d’Israël vit », Narendra Modi, le Premier ministre indien a effectué hier et aujourd’hui une visite remarquée en Israël où il était déjà venu en 2017.
Indécise jusqu’au dernier moment en raison d’une possible frappe américaine en Iran, elle a été annoncée au dernier moment par Netanyahou qui a ainsi quelque peu forcé la main indienne.
Les deux dirigeants, hommes de droite et nationalistes, se disent amis. Qu’on le veuille ou non, ils sont hostiles aux musulmans : on connaît la situation dramatique des Palestiniens et en Inde, les plus de 200 millions de musulmans sont humiliés, discriminés par les nationalistes hindous de Modi. Cette proximité ne signifie pas forcément qu’ils poursuivent les mêmes objectifs.
L’Inde, membre des Brics, applique le plurilatéralisme, le multi- alignement et agit selon ses propres intérêts. Avec Israël, la coopération qui ne cesse de se développer est active en matière de défense, d’agriculture, de gestion de l’eau, de technologies de pointe et d’innovation. Entre 2020 et 2024, l’industrie israélienne de la défense a fourni à l’Inde 13% de son matériel militaire, s’imposant, selon les statistiques de l’Institut internationale pour la recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), comme son troisième fournisseur d’armements, derrière la Russie et la France. Depuis le début de l’année pour 8,7 milliards de dollars. Les Israéliens ont, eux, accès à un marché intérieur fort d’un potentiel de 1,5 milliard de consommateurs.
Benjamin Netanyahou, qui a salué un « moment d’amitié authentique » entre avait un but bien précis en tête dans le cadre du nouveau Moyen Orient qu’il souhaite avec Trump. Il veut établir un front commun « contre les deux extrémismes musulmans représentés par les Frères musulmans du côté sunnite et l’axe chiite iranien». Présentant sa vision dans les colonnes du Times of Israel, il avait évoqué le concept d’un « hexagone » d’alliances, avec pour points d’appuis l’Inde, la Grèce, Chypre, ainsi que des pays arabes, africains et asiatiques, qu’il n’a pas nommés. Il songe, avec le soutien de Narendra Modi, à accélérer la mise en œuvre d’un « corridor » permettant de relier l’Inde, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie au port israélien de Haïfa acquis en 2023 par un groupe indien pour 1,2 milliard de dollars en 2023. Cette opération permettrait de relier l’Inde au marché européen sans avoir à passer par le canal de Suez. Du côté indien, il permettrait également d’offrir une alternative aux routes de la soie de la Chine, l’autre grande rivale de l’Inde.
Au cours de leurs entretiens, Narendra Modi a sans doute exhorté Benjamin Netanyahou à ne pas attaquer l’Iran avec lequel il entretient de bonnes relations. Il craint qu’une guerre ne déstabilise son économie, avec le renchérissement inéluctable du prix du pétrole.
