En Corée du Sud, comme ailleurs, le blocage du détroit d’Ormuz a fait grimper le prix de l’essence, passé de moins de 1700 wons le litre à 2198 wons (4,20 Dinars). Jeudi dernier, le président Lee Jae Myung a déclaré que l’économie du pays était « sur le pied de guerre » et il a averti: « La crise actuelle n’est pas comparable à une averse passagère qui finira par s’arrêter, mais à une violente tempête qui pourrait durer indéfiniment ». Pourtant, la population a une autre peur. A Séoul, une vidéo l’illustre et fait le buzz: on y voit une femme se saisir d’un sac-poubelle rempli, le vider au sol et repartir avec le sac! Des commerçants racontent qu’ils se disputent avec des clients qui veulent en acheter en grand nombre. Fin mars, les ventes quotidiennes avaient été multipliées par cinq.
Pourquoi cette ruée sur les sacs-poubelle? L’agence de presse Yonhap explique: seuls les sacs approuvés par les autorités peuvent être utilisés pour jeter ses ordures ménagères, sous peine d’amende. Leur prix est fixé par arrêté municipal dans chaque commune du pays. Les entreprises qui les fabriquent et les commerçants ne peuvent donc pas augmenter les prix à leur guise.
Les sacs sont principalement fabriqués à base de naphta et, selon The Korea Times, la Corée du sud importe 45% de ses besoins en naphta, dont 77% proviennent du Moyen-Orient, passant donc par le détroit d’Ormuz. D’où une certaine pénurie et l’envol des prix. Sur le marché mondial, il est passé de 56,9 dollars le baril la première semaine de janvier à 129,7 dollars le baril début avril. Le gouvernement affirme qu’ « il n’y a pas lieu de s’inquiéter car le pays dispose d’une capacité suffisante pour utiliser des matières premières recyclées » et assure qu’il « n’y aura pas de problèmes d’approvisionnement pendant plus d’un an ». Les ruptures de stock constatées en magasin seraient donc plutôt dues à un comportement d’achat panique qu’à une véritable pénurie. L’inquiétude demeure et gagne les restaurateurs, pour la plupart très dépendants de la livraison à emporter et utilisateurs de récipients en plastique dont les prix flambent.
Au-delà du cas sud coréen, la raréfaction du naphta aurait des répercussions mondiales estiment les économistes car, disent-ils, « les produits comme les couverts jetables, les boissons en bouteille et les sacs poubelle pourraient être parmi les premiers à voir leur prix augmenter dans les semaines à venir ». »Il n’existe pas beaucoup de substituts au plastique » rappellent-ils et même en cas d’apaisement rapide du conflit, les effets pourraient durer.
Or si le conflit devait s’arrêter demain, la chaîne d’approvisionnement en plastique ne se normaliserait pas immédiatement, loin de là. Résultat : les consommateurs pourraient subir ces hausses pendant un à deux ans.
Pour revenir à la Corée du Sud, ajoutons que l’Organisation de coopération et de développement économiques a déjà revu à la baisse sa croissance qui ne dépasserait pas 1,7 % en 2026, contre 2,1 % prévus avant la crise. L’inflation menace d’atteindre 2,7 %, un point de plus qu’attendu. Avec des conséquences politiques potentielles pour le président Lee, d’importantes élections locales étant prévues en juin.
Ormuz, ce n’est pas que l’essence qui grimpe…
