La Russie, qui n’a pas respecté la trêve décrétée par l’Ukraine, maintient la sienne demain et samedi mais alerte : Kiev pourrait mener des « activités terroristes ». C’est officiellement pour cette raison que le format du défilé du 9 mai, jour de la commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie, sera drastiquement réduit. Pas de parade militaire, de blindés, de missiles, mais quelques acrobaties aériennes et des vidéos vantant les exploits des soldats de « l’opération militaire spéciale ».
Loin de la sérénité, Moscou a demandé à l’ensemble des missions diplomatiques accréditées en Russie « d’assurer l’évacuation anticipée » de leur personnel et de leurs ressortissants de Kiev « en raison du caractère inévitable d’une frappe de riposte » des forces russes contre Kiev, « y compris contre les centres de prise de décision », en cas d’attaque ukrainienne pendant la célébration de samedi. Pas de démonstration de force sur la Place Rouge mais on devrait tout de même entendre des accents victorieux car, aux dires du porte-parole du Kremlin, « le régime de Kiev perd chaque jour du terrain sur le champ de bataille ». Une allégation pas vérifiée… En effet, selon l’Agence France Presse, qui s’appuie sur l’analyse des données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), la zone de territoire ukrainien contrôlée par la Russie a diminué au mois d’avril, une première depuis la contre-offensive ukrainienne de 2023. D’autre part, la Russie, qui a perdu plus d’un million d’hommes depuis le début de la guerre, a davantage de mal à recruter. Elle tenterait de convaincre des étudiants et forcerait des migrants vulnérables à s’engager, le front ou la prison…
La situation difficile de l’économie assombrit le tableau russe. Les entreprises manquent de main d’œuvre, beaucoup accumulent les impayés et les recettes pétrolières et gazières se sont avérées bien inférieures aux prévisions, selon les chiffres publiés mercredi par le ministère des Finances russes. Cette économie en berne et la poursuite de la guerre mécontentent les Russes qui sont aussi souvent privés d’internet depuis le mois de mars. La colère monte et inquiéterait le Kremlin.
Les sondages officiels, dont on peut douter de la fiabilité, font état d’une baisse constante de la popularité de Vladimir Poutine. Elle s’établit à 65,6 %, selon la dernière enquête de l’institut officiel VTsIOM, contre près de 75 % début février. Au 19 avril, 23,3 % n’approuvaient pas son action en tant que président (contre moins de 15 % début février).
Il y aurait de fortes tensions autour de Poutine et le Service fédéral de protection (FSO) russe, aurait drastiquement renforcé sa sécurité, le poussant à passer le plus clair de son temps dans des bunkers souterrains. On craindrait une tentative d’assassinat ou un coup d’Etat. Un rapport des services de renseignement d’un pays de l’Union européenne sur la situation réelle au Kremlin et l’état de santé de Vladimir Poutine circule actuellement entre certains médias. Il confirmerait ces rumeurs. Selon CNN et le Financial Times, le comploteur serait Sergueï Choïgou, ex-ministre de la Défense et désormais secrétaire du Conseil de sécurité. Même si un de ses proches collaborateurs a été arrêté en mars, des experts doutent que Sergueï Choïgou puisse fomenter un coup d’État. Pour eux, ce rapport pourrait masquer une opération de guerre psychologique destinée à accentuer les tensions internes au sein du Kremlin et à nourrir la méfiance entre Vladimir Poutine et ses proches.
Peut-être, mais les inquiétudes sécuritaires sont réelles dans les hautes sphères du pouvoir. Avant la commémoration de samedi, des tireurs sont déjà positionnés tout autour du Kremlin.
