Plutôt que de se voir lâché par les ultraorthodoxes qui réclament une loi exemptant les étudiants des écoles talmudiques de servir dans l’armée, Benjamin Netanyahou a préféré présenter un projet de dissolution de la Knesset. Il devrait être adopté aujourd’hui, ce qui lui permettrait de garder la main sur le calendrier électoral. Des élections anticipées pourraient se tenir dès la fin août alors que la date était fixée au 27 octobre.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, à la tête du parti centriste Yesh Atid (« il y a un avenir »), a publié sur X un message, affirmant « Nous sommes prêts. Ensemble » Ensemble, Beyahad en hébreu, est la formation politique qu’il a créée avec l’ancien Premier ministre de droite Naftali Bennet. En s’entendant avec les autres partis d’opposition, ils ont des chances de battre le Likoud de Netanyahou. Mais ils auront sans doute besoin du soutien des partis arabes.
Avant de recourir aux urnes, Benjamin Netanyahou pourrait faire voter des textes qui lui tiennent à cœur pour affaiblir les contre-pouvoirs institutionnels, dont la presse, et obtenir des résultats dans ses guerres contre les Palestiniens, au Liban ou en Iran où il presse Trump de lancer de nouvelles frappes. Les Israéliens, hostiles aux gardiens de la révolution iraniens, au Hamas et au Hezbollah estiment que leur Premier ministre n’a pas atteint ses objectifs et lui reprochent de ne pas avoir empêché le 7 octobre…
Quoi qu’il en soit, les prochaines législatives seront « un moment de vérité » : pour ou contre Bibi et surtout une réponse à la question essentielle, fondamentale sur l’identité d’Israël. Depuis de longues années, l’Etat hébreu mène une politique coloniale, annexionniste, d’agression, d’occupation. Une dérive continue encore amplifiée par la loi légalisant la peine de mort concernant les Palestiniens. Benjamin Netanyahou se croit investi d’une mission de droit divin et se retranche derrière la Genèse où il est écrit que Dieu a donné pour toujours le pays de Canaan à Abraham et à ses descendants. Cette terre promise, ce Grand Israël engloberait Israël, les territoires palestiniens, le Liban, une grande partie de la Syrie, la Jordanie, ainsi que la moitié de l’Irak et une portion de l’Arabie saoudite.
Une vision qui n’est pas partagée par tous. Ainsi, et parmi d’autres grandes voix, Avraham Burg, ancien président travailliste de la Knesset, de l’Agence juive et l’Organisation sioniste mondiale, dénonce « la faillite morale » de l’armée israélienne et considère que la loi sur la peine de mort reflète « toute la profondeur de la corruption morale. Pour moi, cette loi est tellement immorale qu’elle ôte à Israël le droit d’exister ». En France, la rabbine Delphine Horvilleur, parlant de Gaza il y a un an, exprimait sa « douleur » de voir Israël « s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale ».
Netanyahou et les siens ne tolèrent aucune critique. Il y a quelques jours, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a sommé le FC Barcelone de rappeler à l’ordre son jeune joueur Lamine Yamal qui avait brandi un drapeau palestinien pour fêter le titre de champion national de son club, un geste assimilé par le ministre à « d’incitation à la haine » et à un « soutien au terrorisme ». Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, avait immédiatement réagi en déclarant : « ceux qui considèrent que brandir le drapeau d’un État est une « incitation à la haine », soit ils ont perdu la raison, soit ils sont aveuglés par leur propre ignominie ».
