L’explosion de deux bombes près de l’hôtel de Damas où le président français a passé la nuit ne le visait pas directement mais il montre que le chemin de la Syrie d’Al Charah pour devenir un pays apaisé, démocratique et prospère est encore long et périlleux. C’est d’ailleurs tout le sens de la visite d’Emmanuel Macron qui a dit vouloir provoquer un « choc de confiance pour aider à rebâtir dans tous les domaines » et installer un vrai « partenariat ». La France veut sa part de marché, refuse de laisser le pays aux Etats-Unis. Une quinzaine d’accords financiers pourraient être signés. D’après la Banque mondiale, il faudra plus de 200 milliards d’euros pour reconstruire le pays meurtri par 13 ans de guerre.
Depuis que le jihadiste Mohammed Al Joulani à la tête du groupe radical sunnite Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) a renversé Bachar Al Assad en décembre 2024 et pris le pouvoir sous son véritable nom Ahmed Al Charah, le pays n’a pas retrouvé la sécurité. Menacé par l’Etat islamique, le Hezbollah libanais et aussi des partisans de l’ancien régime, il a rejoint en novembre dernier la coalition internationale anti terroriste, mais manque de moyens. Sans compter les violences entre minorités et des heurts entre ces dernières et des alliés du président.
Près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie et 1,6 million de réfugiés qui avaient fui à l’étranger sont rentrés chez eux. Leurs attentes et espoirs sont difficiles à satisfaire car tout est à reconstruire, de la justice à l’économie et à la politique. Pour l’envoyé spécial adjoint de l’ONU dans le pays, Claudio Cordone, il ne suffit plus de tourner la page de la dictature Al-Assad. Les nouvelles autorités doivent désormais démontrer que l’État est capable de fonctionner autrement.
Il n’y a pas que le défi sécuritaire à surmonter : plus de 13 millions de Syriens, soit plus de la moitié de la population, sont confrontés à une « insécurité alimentaire aiguë », a alerté il y a quinze jours l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui appelle à relancer l’agriculture du pays. La sécheresse a fait des ravages ainsi que la contamination des terres arables ou d’élevage par des engins explosifs. Depuis la fin de 2024, « 1 299 incidents liés aux engins explosifs ont été recensés, faisant 2 325 victimes ». Le plan d’aide humanitaire de l’ONU pour 2026 de 2,92 milliards de dollars pour la Syrie n’est financé actuellement qu’à hauteur de 20 %.
Côté politique, le nouveau Parlement qui devait entrer en fonction hier doit acquérir une légitimité. 140 députés ont été élus au suffrage indirect et 70 viennent d’être nommés par le président. On ne compte que 21 femmes, 6 élues et 15 nommées, loin de l’objectif de 20%. Le nouveau Parlement devra préparer une loi électorale, rédiger une Constitution et examiner de nombreuses lois. Cependant, alors que la majorité d’entre eux ne possède pas de compétences juridiques, ils ne disposent pas de bureaux ni d’équipes. Peu de pouvoir, l’essentiel étant entre mains du président
« La transition politique en Syrie est entrée dans une phase décisive, où les perspectives d’avenir côtoient une grande fragilité », a noté lundi Claudio Cordone devant le Conseil de sécurité.
A noter enfin que la Syrie n’est pas totalement en paix avec Israël. Depuis la chute de Bachar El-Assad, l’Etat hébreu a installé des bases sur les hauteurs situées à cheval sur les provinces de Quneitra et de Deraa, et ses soldats, qui disent rechercher des combattants du Hezbollah et de groupes liés à l’Iran, sont accusés de nombreuses exactions.
