Avant de voter sa dissolution qui ouvre la voie aux élections législatives prévues au plus tard le 27 octobre, la Knesset a adopté une série de lois controversées qui alimentent une polémique. Alors que les sondages, pas très fiables, donnent l’avantage à l’opposition, Benjamin Netanyahou a voulu ce « blitz législatif » pour aller dans le sens des partis ultraorthodoxes et extrémistes nationalistes qui le soutiennent et les poussent à rester à ses côtés. Une manière aussi pour celui qui compte 18 années cumulées au pouvoir de sauver sa peau. Poursuivi pour corruption et abus de confiance, mis gravement en cause dans les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, une défaite est synonyme de prison. Pour éviter cette triste fin, Bibi marche sur les traces de son ami Trump en réduisant les contre-pouvoirs, en sapant l’Etat de droit.
« La coalition se déchaîne, au tout dernier moment, pour adopter des lois contre la démocratie, contre les soldats de Tsahal et contre l’État de droit », s’est emporté Yaïr Lapid, le chef de l’opposition. Le chef d’état-major, le général Eyal Zamir, a également exprimé sa colère face à la loi gelant temporairement l’arrestation et les poursuites à l’encontre des hommes ultra-orthodoxes qui se soustraient au service militaire, ce qui autorise donc la désertion massive et continue des Haredim. La durée du service obligatoire des soldats masculins est portée de 30 à 32 mois, malgré l’opposition de l’armée qui souhaitait 36 mois pour pallier les pénuries d’effectifs.
Une loi fondamentale érige aussi l’étude des textes de la religion juive en valeur fondamentale de l’Etat d’Israël. Un troisième texte restitue au Grand Rabbinat, le pouvoir exclusif en matière de certification casher. Cette mesure, réclamée par le parti ultraorthodoxe Shass, pourrait entraîner une augmentation des coûts pour les entreprises et les consommateurs. Les partis religieux se félicitent encore de l’adoption d’une loi visant à étendre la séparation des sexes dans l’enseignement supérieur ce qui, prétendent-ils, accroîtra les possibilités d’études pour les femmes pratiquantes.
Les médias sont concernés avec la création d’un nouveau conseil de réglementation dont la majorité des membres seraient choisis par le ministre des Communications. Ce conseil disposerait d’une série de pouvoirs sur les médias audiovisuels, notamment la possibilité d’infliger de lourdes amendes et d’attribuer la publicité publique. Les médias proches du pouvoir sont favorisés… L’Union des journalistes en Israël a dénoncé une loi « honteuse, dangereuse et antidémocratique ».
Soucieux, comme Trump, de détenir le pouvoir sans entraves, Bibi a fait adopter une loi, qui entrera en vigueur en janvier 2027 et privera le procureur général de son autorité sur le gouvernement en autorisant les ministres à passer outre ses avis qui sont actuellement contraignants.
Plusieurs de ces textes ont déjà fait l’objet de recours devant la Cour suprême.
S’il a « récompensé » ses alliés, Le Premier ministre a aussi songé à lui : en cas de commission d’enquête sur le 7 octobre, il a obtenu qu’elle ne soit pas indépendante mais qu’une majorité de 80 députés choisisse ses six membres.
Par ailleurs et selon une enquête du Guardian, les ministres de La Défense et des Finances ont dévoilé de nouveaux plans d’expansion territoriale. Le premier, Israël Katz, a annoncé son intention d’implanter trois avant-postes dans le nord de Gaza. Le second, Bezalel Smotrich a débloqué plus de 400 millions de dollars pour financer l’expansion de la construction de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée. Ces annonces arrivent alors qu’un rapport de l’ONU sur les droits humains affirme que « la violence des colons est une violence d’État ».
Dans le même temps, Itamar Ben Gvir pourrait mener à bien un de ses projets anti-palestinien. En décrétant que le crocodile du Nil n’était plus classé parmi les « animaux sauvages », mais considéré comme une espèce de « faune élevée en captivité », la ministre de la Protection de l’environnement, Idit Silman, a autorisé leur utilisation à des « fins sécuritaires », ce qu’attendait Ben Gvir qui aimerait en déployer autour de la prison de Ketziot, dans le sud d’Israël, où sont détenus de nombreux militants du Hamas.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Ben Gvir s’est félicité en écrivant : « Terroriste maudit, tu songes à tenter de t’évader ? Réfléchis-y à deux fois », accompagnant son message d’une image générée par intelligence artificielle le représentant tenant un crocodile en laisse.
Cette « belle » idée, le ministre extrémiste la tient de Donald Trump qui avait ouvert à l’été 2025 en Floride un centre de rétention pour migrants dans une zone de marécages peuplés de sauriens. Face aux protestations, il avait dû fermer son « Alcatraz des alligators ».
