Interrogé à Manille en marge d’une réunion de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain avait assuré que les États-Unis « ne concluraient jamais d’accord avec un pays dans le monde qui conduirait à un risque de prolifération nucléaire ». Quelques heures plus tard, on annonçait à Washington la signature d’un accord avec l’Arabie Saoudite pour doter le royaume d’un programme nucléaire civil. Aucun risque militaire ?
Cela faisait une trentaine d’années que Riyad faisait pression en vain pour avoir un accès à la technologie nucléaire américaine. Joe Biden avait mis une condition : que l’Arabie Saoudite reconnaisse l’Etat d’Israël et normalise ses relations avec lui. Donald Trump, le transactionnel affairiste, a cédé. Et, forcément on s’interroge sur les conséquences, sur demain. Mohammed Ben Salmane n’a-t-il pas déjà déclaré : « Mon pays ne souhaite pas acquérir l’arme nucléaire, mais si l’Iran en développe une, nous ferons de même le plus vite possible ».
Le secrétaire américain à l’Energie, Chris Wright, affirme que l’accord est « top niveau, encadré par des règles strictes, du jamais vu en matière de sûreté nucléaire et de garanties ». Pas sûr car il prévoit que, sous réserve d’une étude positive conjointe, l’Arabie Saoudite sera autorisée à procéder à l’enrichissement de l’uranium sur son sol et l’Agence internationale de l’énergie atomique ne pourra pas effectuer d’inspection inopinée sur des sites qui ne semblent pas susceptibles d’être utilisés discrètement à des fins militaires. Deux dérogations qui posent question. Et dire que Donald Trump qui, le 8 mai 2018, déchirait le JPCOA d’Obama, un « accord horrible et à sens unique » qui aurait lancé « une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient » et ne comprenait pas« de mécanismes adéquats pour prévenir, détecter et punir la triche ».
Le même genre de reproches peut être fait aujourd’hui. Ainsi, le sénateur démocrate Chris Murphy regrette que cette entente risque de « déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l’Iran de limiter son propre programme » nucléaire. En Israël où nul n’a été tenu au courant, Avigdor Liberman, député d’opposition et ancien ministre de la Défense, rappelle « que tous les programmes nucléaires militaires ont commencé par un programme nucléaire civil ». La Turquie et l’Egypte, alliés de Washington, aimeraient un tel programme…
Le journaliste Michael Gordon du Wall Street Journal, écrit que « c’est un marché typique de la planète MAGA, une grosse piqûre dans le bras des compagnies nucléaires américaines. Cet accord représente des dizaines de milliards de dollars pour cette industrie, ce n’est un secret pour personne ». Chris Wright ne s’en cache pas : cet accord est destiné « à renforcer les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, à assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l’étranger ». Il permettra « de développer les exportations américaines de technologies nucléaires » et de « créer des emplois bien rémunérés aux Etats-Unis ».
Il prouve surtout que, s’il le fallait encore, c’est qu’avant de prendre une décision, Trump ne se pose qu’une question : combien de dollars ça va rapporter ?
