Difficile de croire que le patron de la CIA soit allé à Moscou pour pratiquement rien. Il fallait forcément traiter un dossier sensible, ne pas le laisser aux négociateurs-agents immobiliers que sont Jared Kushner et Steve Witkoff. Et pourtant, Donald Trump parle étrangement d’une rencontre de « semi routine » alors que c’était sa première visite depuis sa nomination en janvier 2025. Dans le même registre, le chef des services de renseignement extérieurs russes (SVR), Sergueï Narychkine, avec qui John Ratcliffe a discuté, évoque une visite « banale », rien d’inhabituel. Ce que confirme le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov qui, jeudi a dénoncé les « histoires alarmistes », c’est-à-dire les informations parues dans la presse américaine, selon lesquelles le directeur de la CIA est venu pour dissuader la Russie d’attaquer l’OTAN, les jugeant dénuées de tout lien « avec la réalité ». Le Wall Street Journal et la chaîne de télévision CBS avaient révélé que Ratcliffe était chargé d’« adresser un avertissement à la Russie contre toute attaque [à l’encontre] des pays de l’OTAN ».
Minimisant l’importance du déplacement, Donald Trump assure que Vladimir Poutine « n’allait pas attaquer un territoire de l’OTAN » et affirme qu’il a eu de « bonnes discussions » avec Vladimir Poutine sans préciser quand.
On comprend la prudence américaine et les démentis russes en se souvenant de la précédente visite d’un directeur de la CIA , en novembre 2021, Williams Burns était venu dire au Kremlin que Washington connaissait les projets russes en Ukraine. Moscou avait démenti et attaqué en février 2022. Trump, de peur de ne pas être écouté, obéi, préférerait ne rien dire…
Cela fait un moment que les Européens estiment que la Russie lancera des attaques pour tester la résistance de l’Otan, l’application ou non de l’article 5. Parmi d’autres, les services allemands et finlandais pensent qu’une attaque, sans doute contre un pays balte, adviendra au plus tard en 2029. Andrey Fedorov, ancien vice-ministre russe des Affaires étrangères, estime que des usines d’armement britanniques pourraient être attaquées. Une haute responsable européenne a cependant affirmé jeudi que « les services européens ne voient pas de risques d’attaque russe contre les pays européens » mais elle a ajouté qu’il n’y avait aucun doute sur le fait que la Russie essayait « activement de créer des difficultés à nos pays » en raison du soutien à l’Ukraine. « L’escalade de la part de la Russie est clairement là » a-elle indiqué. Difficile de prétendre le contraire : 109 attaques hybrides ont été dénombrées en 2025 et 40 pour le premier semestre de cette année.
Un ministre hollandais le dit clairement : « nous sommes à mi-chemin entre guerre et paix ».
