Moscou a affirmé ce samedi 3 décembre qu’il « n’acceptera pas » le plafonnement du prix du baril après que l’Union européenne, le G7 et l’Australie se sont mis d’accord vendredi sur un tel mécanisme, qui pourrait limiter les moyens de Moscou de financer sa guerre en Ukraine. Les 27 pays de l’Union européenne ont fixé à 60 dollars par baril des prix du pétrole russe après le feu vert donné par Varsovie.
Le mécanisme entrera en vigueur lundi « ou très peu de temps après », ont précisé le G7 et l’Australie. C’est aussi ce jour-là que débute l’embargo de l’UE sur le pétrole russe acheminé par voie maritime.
Ainsi, seul le pétrole vendu par la Russie à un prix égal ou inférieur à 60 dollars pourra continuer à être livré. Au-delà de ce plafond, il sera interdit pour les entreprises de fournir les services permettant le transport maritime (fret, assurance, etc.…).
« Nous n’accepterons pas ce plafond », a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, cité par les agences russes. Il a toutefois affirmé que Moscou s’était « préparé » en amont « pour un tel plafond », sans donner plus de détails. Mais la Russie ne veut pas vendre à ce prix. Toutefois, L’Inde et la Chinde paient déjà moins de 60 dollars, environ cinquante.

Détruire l’économie
Kiev veut croire que l’économie de la Russie sera détruite tôt ou tard par le plafonnement du prix de son pétrole.
« Nous atteignons toujours notre objectif et l’économie de la Russie sera détruite, et elle paiera et sera responsable de tous ses crimes », s’est félicité sur Telegram le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak.
M. Iermak a noté qu' »il aurait toutefois fallu abaisser (le prix plafond) à 30 dollars pour détruire (l’économie russe) encore plus rapidement ».
Le cours du baril de pétrole russe (brut de l’Oural) évolue actuellement autour de 65 dollars, soit à peine plus que le plafond européen, impliquant un impact limité à court terme.
Les autorités ukrainiennes ont par ailleurs appelé la population civile à « tenir » face aux nombreuses coupures de courant qui rythment désormais leur vie quotidienne à la suite des frappes russes qui ont largement endommagé le réseau électrique national ces dernières semaines.

Poutine dans le Donbass
Vladimir Poutine ira dans le Donbass « en temps voulu », a affirmé ce samedi le Kremlin, alors que le président russe ne s’est pas encore rendu dans cette zone de l’est de l’Ukraine qu’il a annexée fin septembre, sans toutefois que son armée ne la contrôle entièrement. « En temps voulu, bien sûr, (une telle visite) se produira. C’est une région de la Russie », a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, interrogé sur un éventuel déplacement prochain de Vladimir Poutine dans le Donbass.
Sur le terrain militaire, les combats sont « durs » dans l’est du pays car « les Russes ont eu le temps de se préparer » aux attaques de Kiev, a indiqué à la télévision ukrainienne le gouverneur de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï.
« Les forces armées ukrainiennes poussent lentement à travers la (défense) russe en direction de Svatové-Kreminna », a-t-il toutefois noté, sans donner plus de détails. Selon un bulletin matinal de l’armée ukrainienne, la situation est « difficile » près de Bakhmout, dans la région de Donetsk, que les Russes tentent de conquérir depuis l’été sans y parvenir à ce stade.

Un café et un hot dog…
«Une armée marche avec son estomac», aurait dit Napoléon Bonaparte. Alors, sur les routes qui mènent au front de l’Est, il n’est pas rare de croiser des soldats avec un hot dog dans une main et un café dans l’autre. « Le rituel matinal du café avec un hot-dog offre une convivialité qui aide à supporter l’atmosphère d’incertitude générale des combats », explique un soldat, surnommé Bumble Bee.
Composé d’un saucisse glissée dans un petit pain, grillé sur une presse à sandwiches et servi avec toutes sortes de condiments, il peut s’acheter dans toutes les stations-service, kiosques et boulangeries du pays. Certaines stations-service en offrent même gratuitement aux hommes en uniforme ce qui génère de longues files d’attente.

Tentative de vol
La police ukrainienne est parvenue à déjouer vendredi une tentative de vol d’une œuvre attribuée au célèbre artiste britannique Banksy, peinte au pochoir dans la banlieue de Kiev, ont annoncé les autorités locales. « (Vendredi) à Gostomel, un groupe de personnes a tenté de voler un dessin de Banksy. Ils ont découpé l’œuvre sur le mur d’une maison détruite par les Russes », a annoncé le gouverneur de la région de Kiev, Oleksiï Kouleba, dans un communiqué publié sur Telegram.
Son message sur les réseaux sociaux était accompagné d’une photo montrant un mur dont une partie du revêtement extérieur, de la peinture orangée, a été découpée. C’est là qu’avait été peint au pochoir un individu portant un masque à gaz, debout sur une chaise. Selon Oleksiï Kouleba, « plusieurs personnes ont été interpellées sur place » par la police ukrainienne et « le dessin est en bon état et se trouve entre les mains des forces de l’ordre ». Le chef de la police de la région de Kiev, Andriï Nebitov, a précisé dans un communiqué séparé que « huit personnes ont été identifiées ».

Zelensky et l’Eglise orthodoxe
“Volodymyr Zelensky a signé un décret présidentiel permettant au Conseil de défense et de sécurité nationale d’appliquer des sanctions contre les membres du clergé d’organisations proches de la Russie”, informe le média ukrainien anglophone Kyiv Independent, relayé par Courrier International. Le président ukrainien a abordé la question de l’influence religieuse en Ukraine lors d’une allocution télévisée, jeudi 1er décembre.
Une liste des personnalités soumises à des sanctions devrait être publiée prochainement, a annoncé Zelensky, précisant par ailleurs :
“Le Conseil de défense et de sécurité nationale a enjoint le gouvernement à proposer devant le Parlement une loi proscrivant les activités en Ukraine des organisations religieuses affiliées à des groupes d’influence en Russie.”
Sa cible principale est sans nul doute l’Église orthodoxe ukrainienne, autrefois directement affiliée au patriarcat de Moscou. Depuis le 22 novembre, celle-ci a subi une série de perquisitions organisée par le Service de sécurité d’Ukraine (SSU), les services secrets. Les opérations ont continué dans la foulée de l’intervention de Zelensky : “Le SSU a rapporté ce 2 décembre avoir procédé à des recherches dans des églises et monastères de l’Église orthodoxe ukrainienne – patriarcat de Moscou (UOC-MP) dans les oblasts de Jytomyr, de Rivne et de Transcarpathie” dans l’Ouest du pays.
L’objectif affiché est de contrer les “activités subversives” pilotées par la Russie, pouvant donner lieu à des “provocations” voir à des “actes terroristes”. Jusqu’ici, les autorités ukrainiennes affirment avoir mis la main sur de la propagande russe, de la “littérature xénophobe” et des passeports russes appartenant à des membres du clergé. Elles ont également interrogé plusieurs dizaines de religieux.
Comme l’explique le New York Times, ces mesures “mettent à rude épreuve une relation spirituelle vieille de plusieurs siècles entre la Russie et l’Ukraine”. L’orthodoxie est morcelée dans le pays depuis 2019 et la proclamation d’une Église orthodoxe d’Ukraine autocéphale, ayant prêté allégeance au patriarche de Constantinople. L’autre branche, l’Église orthodoxe ukrainienne a quant à elle longtemps été affiliée à l’Église orthodoxe russe et à son patriarche Kirill. Si elle a déclaré son autonomie vis-à-vis du patriarcat Moscou en mai, dans la foulée du déclenchement de la guerre en Ukraine, certains soupçonnent une influence russe persistante.
