« Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici, on va te briser », « Ici, c’est chez nous. Ici, c’est le IIIe Reich. Les nazis, c’est nous ». Ces insultes sont le quotidien des détenus de la prison de « haute sécurité » de Condé sur Sarthe dénonce la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dans un rapport transmis le 9 juin dernier au ministère de la Justice. Ce n’est pas tout : Dominique Simonnot pointe aussi des fouilles « humiliantes ou brutales » qui « donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus « ou l’allumage des cellules en pleine nuit. Les agents pénitentiaires sont cagoulés en permanence, ce qui ne permet pas aux détenus « d’identifier les agents fautifs », créant ainsi un « sentiment d’impunité » note le rapport.
Malheureusement, et même si c’est pire que ce que l’on savait, il n’y a rien de très nouveau. Dans un avis publié jeudi dernier au Journal officiel, la Contrôleure, qui alerte depuis des années, déplorait qu’ « aucune mesure d’envergure nationale n’a été prise » en près de trois ans pour enrayer la surpopulation carcérale en France, qui ne cesse de battre des records, ce qui aboutit à une « catastrophe pénitentiaire ».
Au 1er juin dernier, les prisons françaises enfermaient 88 829 détenus pour 63 237 places. 7600 prisonniers dormaient par terre sur des matelas dans des cellules souvent insalubres avec présence de nuisibles et toilettes mal cloisonnées. A neuf reprises, la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme. La dernière fois, c’était le 15 janvier dernier à la suite d’une plainte déposée par un ancien détenu de la prison de Strasbourg. Elle a jugé que les conditions d’incarcération dans cet établissement vétuste et surpeuplé constituent des traitements inhumains et dégradants.
Fin mai, c’est le Sous-Comité de l’ONU pour la prévention de la torture (SPT) qui avait alerté sur la « grave » surpopulation carcérale en France, qui « porte atteinte aux droits fondamentaux des détenus » et « pourrait constituer un traitement inhumain ou dégradant ».
La prison de Condé-sur-Sarthe, qui est sur la sellette, est l’une des deux que Gérald Darmanin a dédié aux gros narcotrafiquants pour qu’ils soient dans un isolement total, incapables de poursuivre leur trafic de leur cellule. Au moment de leur création, l’observatoire international des prisons avait attiré l’attention sur les risques « attentatoires aux droits fondamentaux ».
Hier, dans une lettre adressée à Mme Simonnot, le Garde des Sceaux répond qu’ “à ce jour, aucun référé-liberté, aucun recours pour conditions indignes de détention, ni aucune plainte pénale” n’a permis de « constater une atteinte avérée aux droits fondamentaux des personnes détenues » au sein de l’établissement. Il assure le « respect des exigences légales, éthiques et sécuritaires ». Les avocats qui visitent leurs clients incarcérés à Condé-sur-Sarthe ne sont pas de cet avis. Le 2 juin, une plainte a été déposée par six détenus qui accusent la direction de la prison ultrasécurisée d’« entretenir un régime de pression psychologique et de domination ». Les avocats soulignent que la situation est radicalement différente à l’autre prison de haute sécurité, celle de Vendin-le-Vieil où « l’ambiance avec nous et les détenus est non seulement respectueuse et professionnelle, mais même parfois chaleureuse ».
Les surveillants et les directeurs de prison ne se prononcent pas sur ce qui pourrait être un cas particulier, mais alertent sans relâche sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion. « Les conséquences au quotidien sont extrêmement problématiques parce qu’en réalité, toute surpopulation implique l’incapacité des personnels pénitentiaires à faire correctement leur travail, à prendre en charge les personnes qui leur sont confiées », déclare à l’AFP Flavie Rault, secrétaire générale du syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP-CFDT).
Le ministre Darmanin, qui rejette le système allemand d’empêcher, au-delà d’un certain seuil, toute entrée en prison tant qu’une sortie n’a pas été enregistrée, annonce simplement 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires et de nouveaux quartiers de lutte contre la criminalité organisée.
Même si Condé-sur-Sarthe était un cas unique, les prisons françaises sont en crise profonde.
