Combien de pétroliers franchissent chaque jour le détroit d’Ormuz, territoire américain selon une carte publiée sur Truth Social ? Difficile à dire, mais il apparaît que Donald Trump a bien mis sur pied son « opération secrète » qui permettrait, sous protection de l’aviation américaine, de faire passer entre le tiers et la moitié du nombre de barils de pétrole d’avant la crise. D’autres matières premières comme celles nécessaires pour la fabrication d’engrais ou le GNL, largement produit par les Etats-Unis qui sont le premier exportateur mondial, ne bénéficient pas du même soutien…
Malgré ce relatif succès américain dû à la destruction de radars iraniens et des « tours de contrôle », on est loin d’un accord dans cette guerre, loin des buts initiaux, aider la population (« l’aide est en route » affirmait Trump le 13 janvier), changer le régime et empêcher Téhéran d‘avoir sa bombe atomique. Le seul enjeu du moment semble être le détroit d’Ormuz où la navigation était libre avant l’intervention de Trump, même si les gardiens de la révolution iranienne pensaient depuis des années à un péage.
Aujourd’hui, le président milliardaire et son secrétaire au Trésor Scott Bessent affirment qu’ils vont « faire s’effondrer le régime avec de nouvelles sanctions économiques, les plus sévères de l’histoire ». Et ils pressent le monde de les rejoindre en avertissant : « Vous êtes soit avec nous, soit contre nous ».
En réaction, Téhéran tient un discours semblable et agite des menaces derrière lesquelles percent quand même des inquiétudes. Samedi, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohsen Rezaï, a averti « tous les pays autour de nous et tous les pays du monde : ne vous joignez pas à la guerre économique menée par les Etats-Unis». S’ils se joignent aux Etats-Unis, ils seront attaqués, frappés et « la confrontation sera comme un séisme ». Deux jours plus tôt, Mohammad Ghalibaf, président du Parlement, avait alarmé en déclarant : « Peu importe la puissance militaire que nous avons, si les gens ont faim et que nous n’avons ni circulation financière ni croissance économique, nous ne tiendrons pas le coup ». Des propos dénoncés par les durs du régime comme un signe de « faiblesse ». Et le lendemain, les avertissements contre la projection de faiblesse étaient un thème récurrent dans les prières du vendredi, dont les grands thèmes sont fixés par une institution gouvernementale.
Cela n’a pas empêché ce dimanche le président Massoud Pezeshkian de reconnaître que la société iranienne traversait « de nombreuses difficultés », et d’affirmer qu’il faisait son « possible pour éviter que la situation ne s’aggrave ».
Ces différences de perception de la situation soulignent la réalité des tensions au sein des dirigeants et posent la question de savoir combien de temps l’Iran pourra tenir. Le vice-président américain JD Vance estime que Téhéran ne pourra pas résister à la pression indéfiniment, que ce soit « pour quelques semaines, quelques mois ou peut-être plus longtemps ». Il reconnaît aussi que l’Iran exerce également une pression économique sur les États-Unis. Ce qui pose une autre question : Trump aura-t-il la patience d’attendre un effondrement ou recommencera-t-il à frapper ?
