
Deux réalisations majeures ont marqué l’action culturelle municipale de la ville de Tunis durant le XXème siècle à savoir la création de la troupe de théâtre TVT qui a sombré dans la redondance du vaudeville après des années de gloire et les œuvres mémorables de Aly Ben Ayed, Béchir Drissi, Abdelmaji Lakhal Mohamed Kouka et la troupe de musique arabe TMA strangulée par des « mains sales » à la « fleur de l’âge » (1977-1985).
Les fleurons de la ville
Le Conseil municipal de Tunis émet le 14 août 1954 un décret portant création d’une troupe théâtrale ayant le nom officiel de « troupe municipale de théâtre et de musique ». La direction de la section dramatique est confiée à Abdelaziz al-Agrebi (1902-1968) assisté d’une commission artistique et administrative composée de Zaki Tulaymat metteur en scène égyptien invité initialement pour diriger la troupe, Béchir Met’henni comédien, Mohamed Lahbib avocat, Hassen Zmerli auteur et M. Vaschetti chef de service municipal des beaux arts.
Il est à noter que la troupe a entamé les répétitions de la pièce de Xavier De Montépin « La Porteuse de pain » en juillet 1953 bien avant sa création officielle sous la direction d’un jeune comédien et metteur en scène Hamadi al-Jaziri lauréat du Conservatoire de Paris. Cependant, l’atermoiement habituel de l’administration et la bureaucratie épuisante qui, à chaque fois, renvoyait la représentation publique de la pièce à une date ultérieure a eu gain de la patience du jeune lauréat qui démissionna aussitôt.
Dans un article publié par la revue « al-Latayif » en mars 1956 et signé Zaki Tulaymat (le théâtre tunisien trace une voie nouvelle), il est écrit en légende d’une photographie de la pièce « L’aigle de Quraysh » : « la troupe de théâtre que le professeur Zaki Tulaymat a créée pour le compte de la municipalité et supervisé ses entrainements dans la pièce Saqr Quraysh très applaudie par le public ».
Par ailleurs, Abdelaziz Agrebi continue à revendiquer la priorité de diriger la troupe en tant que Tunisien et obtient gain de cause après le départ définitif de l’homme de théâtre égyptien.

Quant à la section musicale elle ne fut mentionnée que dans le décret portant le nom officiel de la troupe, elle disparut définitivement après quelques concerts. Il nous semble que ladite section fut créée provisoirement pour monter la pièce chantée « Lila min alf lila-w-Lla » (une nuit des mille et une nuits) composée par l’égyptien Abdelaziz Mohamed et dirigée par Mohamed Triki en mai 1954.
Impact aléatoire de la musique en comparaison de l’art dramatique noble ou absence de renouveau musical ou encore manque d’effectif adéquat ?
Un ancien de la troupe al-Rashidiyya, fief de la musique traditionnelle, nous confia : « dans les concerts de la Rashidiyya l’on se vêtait de Jebba, chechia et balgha (babouche), alors que l’on se coiffait de tarbouche turc (fez), smoking noir et souliers vernis lorsqu’on jouait avec la troupe municipale de l’époque. Seul le shaykh Khémayyis at-Tarnane conservait, comme d’habitude, ses habits traditionnels ».


Photos de l’époque à l’appui, il s’agit des mêmes musiciens mais sous apparence différente.
Cette astuce déployée pour leurrer autrui nous rappelle l’anecdote relatée sur le roi husseinite Ahmed Pacha bey (1806-1855) qui, pour induire en erreur les consuls européens de son temps et leur donner une fausse impression sur sa force militaire, fit défiler ses soldats qui changeaient de costume à chaque déviation sans que personne ne s’en aperçoive.
Décidément, « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».
La musique à l’honneur
C’est au mois de mai 1977 que nous avons créé sur instigation du juge Hassan Memmi alors maire de la ville de Tunis un nouvel orchestre municipal qu’il nommera lui-même « Troupe de musique arabe de la ville de Tunis ».
L’orchestre avait pour objectif de donner un nouveau souffle à la création musicale sans pour autant tomber dans le plagiat du modèle européen, en quelque sorte « ménager la chèvre et le choux ».


En huit années d’existence la troupe a produit sept œuvres lyriques composées par Mohamed Garfi dont trois drames (Les branches rouges, Des chants de la vie, Eté 61), une comédie musicale (Askar Ellil), un opéra pour enfants (Saber au pays du sultan), un opéra comique (Une histoire de Carthage) et une cantate (Poèmes d’amour pour le Liban) outre des compositions dans diverses formes classiques.
En définitive, l’essentiel de l’œuvre de cette structure fut la formation d’une nouvelle génération de musiciens qui assure la continuité en dépit de l’ingratitude habituelle de certains de nos concitoyens.
(fin)
