Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé jeudi une intervention médicale d’urgence en Afrique du Sud à la suite d’une vague de violences xénophobes, a annoncé l’ONG dans un communiqué. Des dizaines de milliers de personnes ont fui leur domicile depuis le 30 juin dernier, provoquant une crise sanitaire et humanitaire.
Les attaques ont éclaté après un ultimatum de groupes anti-migrants exigeant le départ des personnes en séjour irrégulier du pays. Si ces menaces visaient initialement les personnes sans-papiers, les patients soignés par MSF rapportent que des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants en règle ont également subi des violences. Le bilan fait état d’au moins quatre morts et de nombreuses habitations détruites.
MSF s’inquiète des conséquences sanitaires de ces déplacements massifs vers des parcs, des églises ou des consulats. L’organisation craint une rupture de la continuité des soins pour les personnes atteintes de maladies chroniques (VIH, tuberculose, diabète) ainsi que pour les femmes enceintes.
Les étrangers, boucs émissaires
“Notre priorité est de remédier à l’interruption des soins de santé pour les personnes les plus à risque, peu importe qui elles sont”, a expliqué Claire Waterhouse, coordinatrice d’urgence pour MSF, soulignant le risque d’escalade vers une “crise humanitaire”. Des cliniques mobiles ont été déployées dans les provinces du Gauteng, du KwaZulu-Natal, du Cap occidental et aux postes-frontières avec le Zimbabwe.
Ces violences récurrentes, déjà observées notamment en 2008, 2015 et 2019, s’enracinent dans un climat économique et social délétère. Près de trente ans après la fin de l’apartheid, la population sud-africaine reste confrontée à de fortes inégalités, une insécurité matérielle et un désengagement de l’État. Des analystes soulignent que cette frustration des classes populaires se traduit par un phénomène de bouc émissaire, ciblant les populations d’autres pays africains, alors que le pays attire de nombreux travailleurs du Zimbabwe, du Malawi ou du Nigeria.
