En Algérie, où il est arrivé ce matin, le pape Léon XIV se sent un peu chez lui en tant que religieux augustinien. Rentré dans l’ordre mendiant de Saint Augustin à 22 ans, puis prieur général, il se réclame des idées, de la philosophie du penseur qui a surtout vécu à Carthage puis à Hippone, l’actuel Annaba que l’histoire a fini par placer en Algérie. Avant cette visite papale, Robert Francis Prévost était déjà venu deux ou trois fois en pèlerinage sur les terres de son modèle.
Devenu pape, il souhaitait se rendre en Algérie. Il le disait en décembre dans l’avion qui le ramenait de Beyrouth à Rome : « Personnellement, j’espère me rendre en Algérie pour visiter les lieux où a vécu saint Augustin, mais aussi pour poursuivre le dialogue, pour construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ». Il expliquait que « la figure de saint Augustin aide beaucoup à jeter des ponts, car il est très respecté en Algérie en tant que fils de la patrie ». Si cette dernière affirmation est exagérée, il est par contre certain que le pape porte un message d’apaisement et de dialogue.
Toujours prudent dans son expression publique, Léon XIV abordera-t-il dans ses discours le problème de la liberté religieuse ? Si la constitution garantit la liberté de conscience et d’opinion, elle encadre strictement l’exercice des cultes non musulmans. Elle impose une autorisation préalable et limite la pratique. Il est interdit de « convertir un musulman à une autre religion » ou d’« ébranler la foi d’un musulman ».
Si les catholiques, environ 8 000 fidèles, en majorité des expatriés occidentaux ou issus d’Afrique subsaharienne*, ne sont guère inquiétés les évangélistes, surtout des protestants, sont discriminés et victimes de répression, notamment en Kabylie où l’on compte beaucoup de convertis. Au total, les chrétiens seraient 156 000 sur une population totale de 47 millions.


Pour le président Tebboune, cette visite papale est présentée comme une victoire, une reconnaissance de l’importance de l’Algérie, pays à la stature de médiateur de rassembleur « dans un monde secoué par des tensions, des guerres ». El Moudjahid poursuit en affirmant qu’elle vient aussi souligner que la diplomatie algérienne ne se réduit pas aux déclarations d’intention, mais s’inscrit dans une vision cohérente des relations internationales fondée sur la stabilité, le respect mutuel et la recherche de solutions politiques durables ». Quelque part, la venue du pape constitue aussi une revanche sur le Maroc qui a déjà accueilli deux souverains pontifes, Jean-Paul II en 1985 et François en 2019 et 2023. Elle est aussi interprétée comme un soutien à Alger dans la crise qui l’oppose à la France.
El Moudjahid qui titre « La planète braquée sur l’Algérie » reconnaît que « la visite constitue également une formidable vitrine pour le pays, permettant de lever bien des réticences et dissiper certaines perceptions négatives extérieures injustement associées à l’Algérie. Les images de l’accueil du Pape, les rencontres officielles, les moments de recueillement, les échanges avec la société civile ainsi qu’avec les communautés religieuses, qui seront retransmises à travers le monde, contribueront sans nul doute à rehausser l’image de l’Algérie sur la scène internationale. Plus qu’un événement ponctuel, cette visite agit comme un révélateur d’une Algérie, non seulement capable d’organiser un rendez-vous mondial, mais surtout d’incarner un espace de coexistence dans une époque marquée par les fractures ».
Après l’Algérie, Léon XIV se rendra au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale.
