Après les attaques du dernier week-end qui ont vu les jihadistes du JNIM- groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, allié à Al Qaïda- et les Touaregs du FLA – Front de libération de l’Azawad- s’emparer de la ville stratégique de Kidal, dans le nord, et de Kita, fief de la junte militaire, proche de la capitale Bamako, le chef de cette dernière, Assimi Goïta, est sorti hier soir de son silence. Il a assuré qu’un « coup d’arrêt avait été donné aux assaillants dont l’objectif était d’installer un climat de violence généralisée » et a affirmé que la situation est « difficile » mais « maîtrisée ». Auparavant, il s’était entretenu avec l’ambassadeur russe Igor Gromyko qui a renouvelé « l’engagement de son pays aux côtés du Mali dans la lutte contre le terrorisme international et souligné « l’action conjointe des forces armées maliennes et russes ».
Pourtant, ces revers maliens sont le synonyme d’un échec russe, de l’Afrika corps qui a remplacé le groupe Wagner. Ses forces ont évacué Kidal, centre traditionnel de la révolte touareg, en accord avec les rebelles. Aujourd’hui, le FLA rapporte qu’il va poursuivre son action pour libérer Gao, Tombouctou et Ménaka, que l’étape finale est Bamako et que « le régime va tomber ». Le JNIM, lui, veut bloquer la capitale : « A partir d’aujourd’hui (mardi), nous bloquons Bamako (…). Personne n’y entrera plus » jusqu’à nouvel ordre.
S’ils ont le même ennemi, la junte, le JNIM et le FLA, alliés de circonstance, n’ont pas forcément le même but : les jihadistes entendent créer une République islamiste où la charia serait la règle, les Touaregs rêvent de leur Etat indépendant, l’Azawad.
En 2013, les jihadistes avançaient déjà sur Bamako et le président malien Dioncounda Traoré, avait appelé la France à l’aide. Opération Serval, puis Barkhane. De longues années d’interventions ne venaient pas à bout du terrorisme et suscitaient un ressentiment anti français d’une partie de la population, d’autant que le gouvernement ne faisait rien pour elle. Des coups d’Etat, en 2020 et 2021, amenaient au pouvoir Assimi Goïta qui exigeait le retrait des Français et nouait une alliance avec Moscou où l’autre homme fort de la junte, Sadio Camara, tué ce week-end, avait fait ses études. Le Burkina Faso et le Niger suivaient l’exemple malien. Coups d’Etat militaires et départ des militaires français. Le 16 septembre 2023, naissait l’Alliance des Etats du Sahel pour lutter contre les rébellions et les agressions extérieures.
Les événements de ces derniers jours résonnent aussi comme un échec de cette Alliance qui avait annoncé la création d’une force unifiée et prévu un devoir d’assistance et de secours entre les trois alliés en cas d’atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire de l’un d’eux. Le Burkina et le Niger n’ont fait que condamner et s’émouvoir…
En échec également l’attitude de la junte militaire. Elle n’a rien fait pour développer le pays, ne songeant qu’à se protéger elle-même, a laissé ses propres soldats et les hommes de Wagner puis de l’Afrika corps, multiplier les exactions. Les jihadistes, au contraire, aidaient les populations qui ont eu tendance à se radicaliser…
Pour s’exonérer, la junte et la Russie, sur X, Télégram et TikTok accusent la France. On peut ainsi lire : « Au Mali, la France a rassemblé une armée de 15 000 hommes, composée de véhicules blindés, de mercenaires et de djihadistes, afin de prendre le pouvoir. Mais la résistance s’organise. Le scénario est le même qu’en Syrie. La France cherche à rétablir sa domination coloniale. Prochaine étape ? Le Burkina Faso ». L’Afrika corps, attaque également Paris : « Nous adressons un « salut enflammé » à tous les lâches haineux qui soutiennent les terroristes et leurs maîtres français, et qui tentent de nous intimider par leurs déclarations nauséabondes sous nos publications. Vous êtes des êtres méprisables, et vos tentatives d’effrayer le soldat russe sont vaines. »
A noter aussi que l’Algérie et le Maroc, s’ils prônent le retour au calme, à la paix, ne soutiennent pas le même camp : Alger est proche du JNIM alors que Rabat appuie le gouvernement qui l’an dernier s’est déclaré favorable à son plan d’autonomie pour le Sahara occidental.
