Il y a un an, la Gen Z s’apprêtait à descendre dans la rue au nom de la dignité et de la justice pour réclamer des mesures dans le domaine de l’éducation, de la santé et de la lutte contre la corruption. Elle récoltait des promesses et aussi des arrestations, des peines de prison. Quelques projets étaient lancés sans convaincre une jeunesse en difficulté qu’elle était écoutée.
On aurait pu croire qu’elle allait se lancer dans l’action politique, profiter des élections législatives pour faire avancer ses revendications, mais la défiance envers la classe politique est trop grande. Elle est d’ailleurs générale : en 2025, un sondage réalisé par l’ONG Centre marocain pour la citoyenneté révélait que près de 95 % des personnes interrogées disaient ne pas faire confiance aux partis politiques. On ignore le nombre exact des potentiels électeurs (sans doute autour de 26 millions) mais il n’y a que 18,5 millions d’inscrits, plus de deux millions de moins qu’en 2021. Seulement 4% de jeunes entre 18 et 24 ans sont inscrits et 15% des 25-34 ans. Par contre, 29% des plus de 60 ans votent. Dans le royaume chérifien, la politique semble une affaire de « vieux », de gens installés, d’entre-soi.
La campagne s’est donc déroulée dans une relative indifférence même si les partis ont distribué des tracts en masse et se sont montrés très actifs mais les Marocains ne les croient plus, persuadés que l’initiative, l’orientation vient du palais royal et que les députés ne peuvent modifier les projets qu’à la marge. L’abstention -49,65% en 2021- sera un indicateur de la désillusion et du mécontentement des Marocains qui estiment que la relative bonne situation économique avec plus de 4% de croissance et la modernisation des infrastructures ne se traduit pas dans le domaine social, ne profite pas aux jeunes qui connaissent davantage le chômage (27,2% ) et des salaires qui ne permettent pas de vivre décemment. Les inégalités à tous les niveaux et entre villes et régions demeurent.
Les alliés de 2021, le Rassemblement national des indépendants du Premier ministre Aziz Akhannouch, l’homme le plus riche du pays après le roi et le Parti authenticité et modernité dominé par Fouzi Lekjaa, ministre du Budget, se sont séparés et se sont livrés une bataille féroce. Lequel des deux Mohammed VI va-t-il nommer au lendemain des résultats ? C’est peut-être la seule question qui intéresse les Marocains, mais pas pour une raison politique. En effet, Fouzi Lekjaa est président de la Fédération royale marocaine de football qui va organiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La finale pourrait se dérouler dans le nouveau stade de Casablanca qui pourra accueillir 115 000 spectateurs et coûtera de 500 millions à un milliard de dollars, financés à moitié par l’Etat. Un argent qui aurait pu être utilisé autrement même si le mondial doit doper le tourisme et avoir des retombées économiques considérables.
Faut-il redouter ou espérer un « gouvernement du foot » ?
