Éclipsée par la guerre déclenchée en Iran par les Etats-Unis et Israël et par la crise mondiale qu’elle provoque, celle menée depuis plus de quatre ans par la Russie en Ukraine, continue, destructrice et meurtrière. En mars, les Russes ont lancé 6462 drones, un record, 28% de plus qu’en février, mais un peu moins de missiles, 138 contre 288.90% ont été interceptés. Aujourd’hui, quelque 500 drones et missiles ont frappé l’Ukraine, surtout des infrastructures civiles, tuant huit personnes et entraînant des coupures d’électricité. La demande de trêve pascale demandée par Kiev est ignorée par le Kremlin. Au contraire, le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, appelle Zelensky à « prendre les décisions appropriées afin que nous aboutissions à la paix, et non à une trêve », c’est-à-dire à retirer toutes ses forces du Donbass.
En réalité, tout ne va pas au mieux pour les forces russes, qui, si elles progressent un peu dans l’oblast de Donetsk, du côté des villes stratégiques de Sloviansk et Kramatorsk, ont perdu, au total, un peu de terrain le mois dernier, une première depuis septembre 2023. Au cours des trois derniers mois, l’armée russe a perdu 89 000 hommes, tués ou blessés.
La guerre a tendance à s’enliser et coûte très cher. Les dépenses guerrières ont bondi de 42% l’an dernier et Moscou peine à trouver le financement. Après avoir augmenté la TVA, de 2%, la portant à 22% et les impôts d’ entreprises, levant une taxe spéciale sur les bénéfices, Vladimir Poutine a convoqué le 26 mars plusieurs oligarques pour les pousser à contribuer à l’effort de guerre. Quelques milliards ont été promis, mais le Kremlin parle de dons volontaires. Confrontée à un ralentissement économique, à une inflation qui reste forte autour de 6%, la Russie bénéficie du blocage du détroit d’Ormuz et de la crise du pétrole au point que certains se demandent si Poutine n’est pas le grand gagnant de la guerre au Moyen-Orient. Les caisses se remplissent et, de plus, Washington a levé des sanctions. Moscou peut vendre du pétrole au prix de marché et non plus à 40 dollars le baril. Un apport de 510 à 700 millions de dollars par jour qui désole et inquiète Zelensky. Et un comble: des alliés auraient demandé à Kiev de ne pas frapper d’infrastructures énergétiques afin de ne pas affaiblir les capacités d’exportation de la Russie. Volodymyr Zelensky accepterait à condition que ce soit réciproque.
Contrairement à son homologue russe, le président ukrainien souhaite toujours des négociations de paix. Il a indiqué avoir invité à Kiev les émissaires américains pour relancer les négociations avec Moscou suspendues depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. « Le groupe américain peut venir chez nous puis, après nous, se rendre à Moscou », a-t-il ajouté.
