L’Assemblée générale de l’Onu, qui se tient en ce moment, est l’occasion d’une revue de l’ état du monde, d’un éclairage sur des dossiers plus ou moins oubliés. Le Sahel et le terrorisme jihadiste constitue l’un d’eux. Si l’on se fie à la place accordée dans nos médias, on pourrait croire que cela va mieux dans les trois pays de l’AES (Alliance des Etats du Sahel), Mali, Niger et Burkina Faso, mais le silence ne traduit pas la réalité. Pas de liberté d’information, communication uniquement sur les succès.
En 2025, l’AES a enregistré près de la moitié des 5582 morts du terrorisme, un chiffre multiplié par dix depuis 2019. Elle compte plus de trois millions de déplacés, des millions d’enfants ont été privés d’école et un habitant sur cinq a souffert de la faim l’an dernier. Des vastes zones sont sous le contrôle des jihadistes du Jnim, le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al Qaïda ou de l’Etat islamique dans le grand Sahara qui recrutent de jeunes combattants dans les villages. Selon le bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), les groupes djihadistes ne se contentent plus de lancer des attaques en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel. Ils administrent des territoires, contrôlent des routes commerciales, exploitent les nouvelles technologies et poussent progressivement leur influence vers les États côtiers du golfe de Guinée. Leurs ressources proviennent notamment du contrôle des zones aurifères et du trafic de drogue.
A la tribune des Nations unies, le président du Sénégal Bassirou Diomaye Faye, également président de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), a déclaré que « le Sahel ne doit pas être abandonné à son triste sort, que la lutte contre le terrorisme doit être un combat commun parce que le fléau du terrorisme est par essence transfrontalier. La déstabilisation du Sahel n’épargnera ni l’Afrique » a-t-il insisté.
Les représentants des trois pays de l’AES ne sont pas opposés au rapprochement avec la Cedeao ou l ’Union africaine, mais à leurs conditions, dans le respect de leur souveraineté et orientations. » La cohabitation ou la “cohabi-tension”. Ils se sont efforcés de présenter leur Confédération comme un modèle, un exemple pour toute l’Afrique.

L’orateur nigérien, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zéine, s’est montré particulièrement dur. Il a affirmé que le Sahel est en guerre de libération contre une conspiration visant sa recolonisation. Il a présenté cette déstabilisation comme une entreprise menée par la France avec la complicité active de l’Ukraine. Sans fournir de preuves, il a parlé de convoitise des ressources de la région, citant l’uranium du Niger, l’or du Mali et du Burkina, ainsi que le lithium, le gaz et le pétrole. Lamine Zéine a assuré que l’AES « constitue « un changement profond, durable, irrépressible et irréversible » qui doit conduire les peuples africains vers « l’indépendance, la souveraineté et la liberté ».
Le ministre burkinabé des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré, qui partage le sentiment du Nigérien, a insisté sur les droits humains, soutenant que les pays de l’AES réaffirment leur attachement à leur protection, tout en défendant le droit de prendre des mesures exceptionnelles dans le cadre des législations nationales et engagements internationaux, pour protéger les populations et préserver la sécurité. Son président, le capitaine Ibrahim Traoré a annoncé dimanche l’élaboration prochaine d’une nouvelle Constitution. Rejetant la démocratie, « un système reposant sur une opposition constante entre majorité et opposition », il veut une plus grande continuité des politiques publiques et cite la Russie, la Chine et l’Iran, estimant que ces pays s’inscrivent dans des visions étatiques de long terme, au-delà des changements de dirigeants.
Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop est allé dans le sens de ses partenaires, ajoutant une critique de l’application qu’il juge sélective du droit international et ce qu’il qualifie de politique du « deux poids, deux mesures » dans la gestion des crises internationales.
En marge de l’Assemblée générale une réunion s’est tenue en présence de représentants de plusieurs pays ou organisations dont le Maroc, le Togo, l’Algérie, le Congo, le Royaume-Uni, la Russie, les États-Unis, l’ONU, l’Union africaine et la CEDEAO. Plusieurs intervenants ont considéré l’AES comme un rempart protégeant les États côtiers contre la menace terroriste, au prix d’importants efforts militaires et financiers. L’AES serait désormais une réalité géopolitique incontournable en Afrique de l’Ouest.

L’AES a salué l’attitude de l’Algérie et du Maroc qui veulent ouvrir une voie sûre vers l’Atlantique, mais il est improbable qu’elle arrive à convaincre l’Occident qu’elle accuse. Son choix de coopération stratégique avec la Russie est loin d’être « payant » sur le terrain. L’Afrika Korps, qui a remplacé les miliciens de Prigojine, commet des exactions et, entre juillet 2024 et août 2026, a perdu plus de 200 hommes. Faible efficacité dans la lutte contre les jihadistes. Toujours à la tribune de l’Onu, le Russe Sergueï Lavrov a réaffirmé l’engagement de Moscou à « soutenir les armées de l’AES et à accompagner la mise en place de la force unifiée face à la menace terroriste ».
Persuadée d’être victime d’une désinformation organisée, l’AES a lancé il y a quinze jours sa propre chaîne de télévision « au service de la souveraineté informationnelle, de nos cultures et de l’intégration régionale ».
