Privé de lumière depuis sa sortie du gouvernement, Bruno Retailleau, 65ans, joue son va-tout: le président des Républicains a annoncé jeudi sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, avec l’espoir de prendre de vitesse ses concurrents.
«Je tenais à t’informer personnellement que je m’apprête à déclarer ma candidature à l’élection présidentielle»: c’est par un message à chaque parlementaire de son parti que le patron de LR a mis fin au suspense.
Fidèle à ses convictions, l’homme fort de la droite conservatrice «pense que le moment est venu pour (sa) famille politique d’indiquer aux Français un nouveau chemin, axé sur l’ordre, la prospérité et la fierté française». Un positionnement droitier, couplé à une déclaration précoce, à 14 mois de l’échéance, pour mieux couper l’herbe sous le pied de ses rivaux.
Car, à droite et au centre, les principaux prétendants supposés se réservent pour le printemps, à l’exception d’Edouard Philippe. Mais le patron d’Horizons, candidat depuis septembre 2024, joue d’abord sa réélection à la mairie du Havre.
Baisse de popularité
Hasard du calendrier ou non, l’annonce survient au lendemain de la fin du procès en appel de Marine Le Pen, dont le verdict sera annoncé le 7 juillet. Jusqu’à cette date, un doute subsistera sur l’identité du candidat du RN, même si la double finaliste de 2017 et 2022 comme son dauphin Jordan Bardella dominent largement les sondages à ce stade, avec plus de 30% d’intentions de vote.
Sans sortant puisqu’Emmanuel Macron ne peut pas se représenter, l’élection aiguise de nombreuses ambitions. A gauche, le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon ne fait pas mystère qu’il sera candidat tandis que l’Ecologiste Marine Tondelier est sur la ligne de départ d’une primaire qu’elle espère organiser avec une partie de la gauche le 11 octobre.
Dans ce contexte, Bruno Retailleau traversait «un trou d’air» depuis son départ de Beauvau en octobre, comme le reconnaît l’un de ses proches. Sa cote a fondu de moitié en quelques mois, de 16% au printemps à 8% en fin d’année. «Il a beaucoup perdu mais n’est pas revenu au point de départ», avant son passage au ministère de l’Intérieur, se rassure son entourage.
Rivalités internes
Désormais seul aux commandes des Républicains, il fait «l’acte d’autorité» souhaité par un autre proche, partisan du «fait accompli» pour imposer cette candidature à un parti fortement divisé. En interne, les rivalités s’exacerbent entre candidats potentiels à l’Elysée: Xavier Bertrand est déjà en lice tandis que Michel Barnier se pose en rassembleur de la droite et du centre et que David Lisnard menace de se présenter directement s’il n’y a pas de primaire.
En embuscade, le patron des députés Laurent Wauquiez plaide pour une primaire allant du macroniste Gérald Darmanin à Sarah Knafo, du parti d’extrême droite Reconquête. Pour les départager, Bruno Retailleau avait confié à un groupe de travail le soin de définir le mode de désignation du candidat de LR. Ses conclusions étaient attendues d’ici la fin du mois mais le patron a pris les devants.
