Ce n’est pas la première fois que le président ukrainien propose à son homologue -qui ne le reconnait pas comme tel- de se rencontrer pour acter un cessez-le-feu, le temps de négocier la paix. Mais cette fois, la forme et le moment sortent de l’ordinaire.
Les deux pays connaissent des difficultés, s’épuisent dans une guerre coûteuse et meurtrière dont on ne voit pas la fin. La forme, une lettre ouverte à Vladimir Poutine, alerte sur l’urgence d’une solution et désigne une nouvelle fois, face au monde et solennellement, le coupable.
Alors que l’Amérique de Trump se détourne de cette guerre pour regarder vers l’Iran et le Moyen Orient, privant Kiev de moyens anti-aériens pour contrer la pluie de drones et de missiles qui se déverse quotidiennement et que l’Europe n’a pas la possibilité de fournir en quantité suffisante, Volodymyr Zelensky veut ramener l’attention sur son pays et met clairement en accusation le maître du Kremlin. En ce sens, il s’adresse principalement aux Russes qui ont surtout accès à la propagande poutinienne qui assure que tout va bien.
Il rappelle qu’en mai, son armée a perdu 30 000 soldats russes tués (63%) et gravement blessés (37%) et que la sienne subit cinq à six fois moins de pertes, et regrette l’évolution de Poutine qui, il y a vingt-six ans jouissait « d’une bonne image ». Ce qui n’est plus le cas : « Vous avez passé près de la moitié de vos 26 années au pouvoir en Russie à mener une guerre contre l’Ukraine.
Quoi que vous disiez sur l’Otan, la géopolitique ou la langue russe, cette guerre est votre choix personnel – une guerre sans cause réelle. C’est ainsi que l’histoire s’en souviendra ». Et l’Ukrainien se demande combien de temps ses concitoyens le suivront : « nous pouvons désormais tous constater que les Russes s’accommodent de moins de cette réalité : une guerre qui fait peser sur la Russie un fardeau toujours plus lourd »
Soulignant aussi que la Russie est « entièrement dépendante de la Chine », Zelensky exhorte Poutine : n’ayez pas peur d’emprunter la voie de la paix ou vous devrez vous battre pour assurer votre propre existence ».
Avant même d’avoir pris connaissance de cette lettre ouverte, Vladimir Poutine y a répondu indirectement à Saint-Pétersbourg : la guerre continue et la Russie qui ne connaît que des succès a « pris le contrôle total de la république de Louhansk – à 100 % ». Faux, mais qu’importe…Il a rappelé qu’à Anchorage, il s’était mis d’accord avec Trump sur des compromis notamment le retrait des Ukrainiens du Donbass. Rien n’avait été officialisé ; mais le Kremlin maintient ses exigences. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a invité Zelensky à venir à Moscou, ce que ce dernier refuse. Une invitation qui ressemble à une fin de non-recevoir.
Donald Trump est peut-être le seul à se féliciter ; « Les deux vont faire des compromis, j’ai suggéré ces compromis, je suis ravi qu’ils parlent de se rencontrer, nous y sommes vraiment pour quelque chose ». Il n’a rien compris ?..
