L’immense esplanade Jantar Mantar de New Delhi est propre en ce dimanche matin. Toute la nuit, des employés municipaux ont nettoyé, enlevé les détritus, balayé, repeint les murs pour effacer les slogans et traces de près d’une semaine d’occupation par des jeunes en colère qui exigeaient notamment la démission du ministre de l’Education. La contestation est née en mai quand, en raison de fraudes, de fuite de sujets, un examen, passé par plus de deux millions d’aspirants étudiants en médecine, a été invalidé. Une vingtaine de candidats se seraient alors suicidés.
Des mouvements de protestation ont éclaté dans tout le pays et, à la suite d’une tentative de marcher sur le Parlement, empêchée avec violence par la police, les manifestants se sont installés sur la Jantar Mantar. Quelques centaines de jeunes et une centaine de forces de l’ordre auraient été blessés.
Les étudiants de la « Gen Z » sont soutenus par le Cockroach Janta Party, le « Parti du peuple des cafards », une organisation satirique née sur les réseaux sociaux dont le nom fait référence aux propos attribués au président de la Cour suprême, qui avait assimilé de jeunes chômeurs à des « parasites ». Aujourd’hui, le mouvement porte une colère populaire contre les dysfonctionnements du système éducatif et le manque de perspectives professionnelles. Malgré la croissance économique la plus rapide au monde depuis quatre ans, note le « New York Times », le chômage des jeunes est estimé à environ 16 %, selon l’Organisation internationale du travail. Et ils sont des centaines de millions d’habitants à avoir moins de 25 ans. Les Indiens âgés de 18 à 40 ans représenteraient environ 40 % de la population, mais ils ne détiennent que 10 % des sièges à la chambre basse du Parlement, soit moins de la moitié de leur représentation dans les années 1950. L’âge moyen au sein du cabinet ministériel dépasse les 60 ans.
Longtemps muet face aux revendications, le Premier ministre Narendra Modi s’est réveillé jeudi et a promis des sanctions contre les tricheurs et l’indemnisation des familles des candidats qui se sont donnés la mort. Samedi, il a accepté la démission de son ministre de l’Education, Dharmendra Pradhan. Le « parti du peuple des cafards » a mis fin à la mobilisation.
Arrêté lundi pendant une manifestation et libéré mercredi, le chef de l’opposition parlementaire Rahul Gandhi a salué la victoire. « Bien joué les étudiants, nous sommes fiers de vous, vous avez posé des questions légitimes sur votre propre avenir », a-t-il déclaré. « Mais maintenant qu’une bataille a été gagnée, que va-t-il se passer ? » s’interroge The Indian Express. Il est certain que l’image de Modi est écornée et ses méthodes autoritaires mises en cause. La jeunesse a compris qu’elle pouvait le faire reculer. Certains analystes pensent que ce n’est qu’un commencement et qu’on pourrait le constater lors des élections de l’année prochaine dans l’État le plus peuplé, l’Uttar Pradesh, ainsi qu’au Pendjab et dans le Gujarat, l’État d’origine de Modi.
