Normalement, une réunion internationale de soutien à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure libanaises devait se tenir aujourd’hui à Paris, mais du fait de l’attaque israélienne, de la nouvelle invasion, elle a été reportée au mois d’avril. Conformément aux termes de l’accord de cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024, l’armée libanaise avait mené à bien la première phase d’un plan de désarmement du Hezbollah, mais elle a besoin de davantage de moyens pour achever sa mission.
La guerre déclenchée par le duo israélo-américain, puis l’envoi de roquettes sur Israël par le parti de Dieu a changé la donne. Des dirigeants de ce dernier avaient promis au mouvement Amal du président chiite de l’Assemblée nationale, Nabih Berri, de ne pas intervenir, mais les « durs », aux ordres des gardiens de la révolution islamique ont tiré, offrant ainsi, comme le dit le ministre libanais de la Justice Adel Nassar, « un prétexte à l’agression israélienne ».
Benjamin Netanyahou n’a jamais respecté ce cessez-le -feu qui lui a été imposé. En janvier, le Liban a documenté, dans une plainte auprès de l’ONU, plus de 2 000 violations de sa souveraineté au cours des trois mois précédents. Les Forces Intérimaires des Nations Unies au Liban (FINUL) ont, elles, signalé plus de 10 000 violations israéliennes et plus de 370 personnes ont été tuées par les frappes israéliennes au Liban depuis le début de l’accord.
Israël qui a déployé des dizaines de milliers de réservistes à la frontière avec le Liban veut « terminer le travail » de désarmement total du Hezbollah commencé lors de la guerre contre le Hezbollah entre le 23 septembre 2024 jusqu’au cessez-le-feu. Occuper le terrain, détruire, désarmer.
Le but de Netanyahou serait de créer un vaste no man’s land qui couvrirait en fait tout le sud Liban, tout le territoire au sud du fleuve Litani. Pour cela, Israël a demandé à tous les villageois de partir sans espoir de revenir avant longtemps. Jusqu’à 700 000 personnes pourraient être concernées. Un poids énorme pour l’Etat libanais…
Pour obliger au départ, Tsahal détruit routes, récoltes, réservoirs et châteaux d’eau. Dans quelques jours, la récolte de tabac sera perdue. Le tabac fait vivre 20 000 familles…
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, qui s’est exprimé mercredi soir pour la première fois depuis la reprise des hostilités, a affirmé que les tirs de roquettes constituaient « une riposte à quinze mois de violations au Liban » et non l’élément déclencheur d’une guerre plus large. « Notre patience a des limites », a-t-il assuré. Sa « riposte » télécommandée par Téhéran a divisé, au moins provisoirement les chiites, et exaspéré une majorité de Libanais qui se voient une nouvelle fois entraînés dans une guerre qui n’est pas la leur. Beaucoup reconnaissent avoir plus de colère contre le Hezbollah que contre Israël même si ce pays reste un « ennemi ».
Le gouvernement libanais, avec l’appui des ministres chiites, a déclaré hors la loi la branche militaire du parti de Dieu, appelé à se cantonner à des activités politiques. « Une reprise des revendications israéliennes » a critiqué Naïm Qassem qui a exhorté les Libanais à ne pas « poignarder la Résistance dans le dos en pleine guerre ».
Que peut faire le président Josef Aoun ? Il ne peut pas envoyer ses soldats face aux combattants du Hezbollah, risquer une confrontation qui diviserait encore plus son pays, qui aurait du mal à se relever.
