Il s’agit d’une œuvre signée Mohamed Rashad qui marque durablement l’esprit du spectateur tant par sa forme que par son propos. L’histoire est celle de deux frères. Hossam âgé de 23 ans est fauteur de troubles tandis que Maro, 12 ans, découvre le monde. Avec leur mère, ils vivent dans une communauté marginalisée d’Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, ils sont embauchés par la même usine en guise de « compensation » pour leur perte et pour qu’ils ne leur intentent pas une action en justice. Alors qu’ils s’adaptent à leur nouvel emploi, ils commencent à se demander si la mort de leur père était vraiment accidentelle. ..Mohamed Rashad est cofondateur de « Hassala Films » une société de production cinématographique basée au Caire qui fonctionne, comme le rappellent ses membres fondateurs, comme une coopérative afin d’accompagner les cinéastes indépendants qui osent proposer des contenus qui s’écartent des goûts du grand public et qui ne recherchent pas la popularité à tout prix. Des œuvres brechtiennes en somme, éminemment politiques et socialement engagées.

Du néo-réalisme italien à Ken Loach
Né à Alexandrie, Mohamed Rashed a étudié le cinéma au centre culturel jésuite et à la SIMAT Foundation et a écrit et réalisé deux courts métrages intitulés « Loin » et « Maxim ». Il a également été l’assistant réalisateur de Hala Lotfy sur le film primé « Coming forth by day » et a réalisé un documentaire « Little eagles » présenté en avant-première au Festival international du film de Dubai. Il a également produit le documentaire « La profession » de Ramez Youssef. « The settlement » (« L’Entente – La face cachée d’Alexandrie ») dont il s’agit du premier long-métrage de fiction, avait fait forte impression auprès du public tunisien lors de sa projection en salles durant les Journées cinématographiques de Carthage en 2025.

Trois titres pour un film!
Le film de Mohamed Rashad a trois titres. Un titre arabe, un titre français et un titre anglais. Comme l’a si bien rappelé le réalisateur lors du débat qui a suivi la projection qui a eu lieu au Cinéma Mourguet à Sainte Foy Les Lyon et qui était animé par la journaliste et cinéphile renommée Catherine Ruelle, le titre arabe « Al mostaa mera », est le nom du quartier populaire de la banlieue d’Alexandrie. Lui-même fils d’ouvrier, Mohamed Rashad connait parfaitement ce monde rude, âpre. Il a de fait délibérément choisi de faire disparaitre les couleurs et les nuances et porté son choix sur une caméra solide (« une Sony !» précise-t-il) qu’il place dans une usine. L’usine en question a particulièrement choqué le public car elle est en ruine, ne respecte aucune norme de sécurité et le syndicat censé défendre les intérêts des employés y est inexistant… Un décor terrifiant, oppressant, véritablement celui d’un film d’horreur plutôt que celui d’un drame social proche du documentaire. Les deux autres titres, « The settlement » et sa traduction « L’entente » renvoient à l’accord passé entre l’usine et la famille, du défunt. Une entente injuste, intolérable que le public cinéphile digère mal, sans oublier le fait qu’l n’y ait pas de happy end car la vie dans les quartiers populaires égyptiens fait mal, très mal. L’auteur ne cherche pas à plaire au public. Le héros ne filera pas le grand amour avec celle qui travaille avec lui à l’usine, non ! Car après avoir vengé son père, il ira rejoindre les bédouins de la montagne, des marginaux qui forment une société parallèle à part entière.
Vous l’aurez compris, « The settlement » est un film coup de poing à découvrir sans plus tarder.



