« Je pense que j’aurai l’honneur de m’emparer de Cuba », a déclaré Donald Trump dans un discours prononcé vendredi soir, à l’occasion du forum d’investissement FII Priority organisé à Miami soutenu par l’Arabie saoudite. « J’ai bâti cette grande armée. J’ai dit « Vous n’aurez jamais à l’utiliser, mais parfois, on n’a pas le choix », a affirmé le président américain. « Et Cuba est le prochain, d’ailleurs. Mais faites comme si je n’avais rien dit ». Toujours aussi prétentieux, il a surnommé le détroit d’Ormuz le « détroit de Trump ». Depuis son premier mandat, la plus grande île des Antilles est sa cible. Dès son retour à la Maison Blanche, il a fait valoir que Cuba représente une « menace extraordinaire » en raison de « ses alliances avec des pays hostiles et des acteurs malveillants ». Le 16 mars, il avait déjà affirmé qu’il aurait « l’honneur de prendre » l’île : « que je la libère ou que je m’en empare, je pense que je pourrai faire ce que je veux. C’est une nation très affaiblie ».
Oui, Cuba se trouve dans une situation très difficile. A cause des mauvaises décisions de ses dirigeants plus occupés à la répression qu’au développement et qui ont, d’autre part, préféré construire des hôtels pour des touristes qui ne viennent plus que d’entretenir et moderniser des infrastructures vieillissantes. Après la capture de Maduro, Trump a stoppé la livraison de pétrole vénézuélien et décrété un embargo pour priver Cuba de tout pétrole. Aucune cargaison n’est arrivée depuis le 9 janvier. Le président américain a aggravé la crise économique et humanitaire qui frappait déjà douloureusement les Cubains. L’île a subi sept coupures générales d’électricité depuis fin 2024, dont deux récemment. Même les discours du président Diaz-Canel peuvent être interrompus par des pannes… Il n’y a le plus souvent que quatre heurs d’électricité par jour, les frigidaires sont devenus inutiles, les ordures ne sont plus ramassées, l’eau potable manque, tous les prix augmentent, des convois de voiliers internationaux apportent des tonnes de fournitures médicales, de nourriture, de panneaux solaires et d’autres biens de première nécessité. Deux d’entre eux, portés disparus, viennent d’être retrouvés, localisés par la marine mexicaine.

Mardi dernier, les Nations unies ont proposé un plan d’aide d’urgence portant notamment sur la livraison de carburant à des dizaines de diplomates et de représentants d’ONG internationales. « Si la situation actuelle se poursuit et que les réserves de carburant du pays s’épuisent, nous craignons une détérioration rapide, avec un risque de pertes humaines » a regretté Francisco Pichon, coordinateur de l’ONU à Cuba. Le lendemain, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, déclarait que la situation sanitaire était « profondément préoccupante. La santé doit être protégée à tout prix et ne jamais être à la merci de la géopolitique, des blocus énergétiques et des coupures de courant », soulignait-il. Dans les hôpitaux, les médecins doivent « trier » les malades faute de moyens, de médicaments, de matériel médical. Selon le ministère de la Santé, plus de 96.000 Cubains, dont 11.000 enfants, sont en attente d’une intervention chirurgicale. « C’est quelque chose avec lequel nous vivons depuis des décennies », explique un médecin, « mais aujourd’hui, on atteint des niveaux dramatiques ».
Des négociations sont engagées, confirment les deux parties, menées, côté américain, par le secrétaire d’État Marco Rubio, dont les parents ont émigré de Cuba en 1956, et par le clan Castro, côté cubain. Fidel, qui a pris le pouvoir en 1959 après plus de cinq ans de révolution, est mort il y a près de dix ans, mais la famille dirigée par Raul, 94 ans, est encore aux commandes. Rubio, que Trump verrait bien « président de Cuba » est perçu positivement par une partie minoritaire de la population. Il veut que tous les prisonniers politiques (ils étaient 1 214 fin février selon le décompte de l’ONG Prisoners Defenders) soient libérés et que les droits civiques soient rétablis et des élections libres organisées. Cependant, contrairement à la diaspora cubaine basée en Floride, il ne souhaite pas forcément un changement immédiat de régime, mais plutôt une solution à la vénézuélienne. Il craint qu’un renversement entraîne des violences et des migrations massives vers les États-Unis. La Dulcy Rodriguez de Cuba pourrait être le vice-Premier ministre Oscar Perez-Oliva Fraga, également membre de la dynastie même s’il n’en possède pas le patronyme. On parle aussi d’un fils de Raul, Alejandro Castro Espin qui dirige les services du renseignement et de répression et du neveu de ce dernier, « Raulito » Castro, alias « Le Crabe » (ainsi surnommé en raison d’une malformation des doigts) qui est actuellement l’interlocuteur de Marco Rubio. Trump aimerait que les négociations aboutissent avant les élections de mi-mandat qui, en novembre, pourraient redonner la majorité aux démocrates, plus conciliants avec Cuba. En 2017, Trump avait stoppé le rapprochement amorcé par Obama.
Si Cuba « ne souhaite pas de conflit avec les États-Unis », l’île se prépare à une éventuelle invasion et son armée « est prête ».
Quoi qu’il en soit, l’île caraïbe se porte plus que mal. L’opposant et historien afro-cubain Manuel Cuesta Morua est formel : « Cuba est en phase terminale : tous ses organes vitaux sont atteints et, privée de pétrole vénézuélien, elle n’a plus de masque à oxygène. Un cycle historique commencé dans les années 1960 est en train de se refermer ».
