Donald Trump était sans doute visé, mais le tireur, un professeur nommé Cole Tomas Allen, n’avait pratiquement aucune chance de l’atteindre, il n’a même pas pu pénétrer dans la salle où se déroulait le traditionnel dîner des correspondants de presse de la Maison Blanche, le premier auquel il participait en tant que président.
« Quelle soirée » a commenté le président sur son réseau Truth Social. Très calme et maître de lui, il a raconté qu’il avait cru « à un plateau qui tombait », puis que devant l’évidence, il avait insisté pour que « le spectacle continue » afin qu’il puisse faire entendre son « discours déplacé » : « J’étais vraiment prêt à tout défoncer. J’ai dit à mes proches que ce serait le discours le plus inapproprié jamais prononcé si je le faisais. »
S’adressant à la presse à la Maison Blanche après cette tentative d’attentat, il a fait de l’anti Trump en cherchant à apaiser, à rassembler. Au lieu d’accuser les services secrets, comme lors de l’attentat de Butler, il a rendu hommage à « leur boulot fantastique ». Il n’a pas parlé d’un tireur issu des rangs des gauchistes communistes démocrates, mais d’un « loup solitaire », d’un « homme dérangé ». Il a même salué les journalistes et leurs commentaires. S’extasiant, il a déclaré que ce dîner « était un événement dédié à la liberté d’expression, censé réunir des membres des deux partis et des journalistes. Et d’une certaine manière, il y est parvenu. Car le fait qu’ils se soient unis, j’ai vu une salle totalement unie. C’était, d’une certaine façon, très beau, un spectacle magnifique. »
Le président était alors, fait rare, à la hauteur de sa fonction, mais il est vite revenu au Trump habituel qui ne cesse de se vanter, d’affirmer qu’il est le meilleur. S’il est pris pour cible, c’est parce qu’il « est influent, qu’il a de l’impact comme Abraham Lincoln. Et je déteste dire ça, mais je suis honoré, car j’ai accompli beaucoup de choses. Nous avons pris ce pays qui était la risée de tous depuis des années et c’est maintenant le pays le plus en vogue du monde ». Critiquant le manque de sécurité à l’hôtel Hilton, il n’a pu s’empêcher parler de sa grande réalisation, sa salle de bal avec son bunker souterrain qui seront un modèle de sécurité : « nous avons besoin de la salle de bal que nous sommes en train de faire construire à la Maison Blanche. C’est beaucoup plus grand et c’est largement plus sécurisé : elle résiste aux drones, il y a des vitres résistantes aux balles… Cette salle de bal est nécessaire. C’est l’avis du Secret Service ainsi que de l’armée. Cela fait 150 ans qu’ils en demandent la création pour diverses raisons, et aujourd’hui, on a besoin de niveaux de sécurité jamais vus auparavant ».
Si le président Trump a fait un effort en ne proférant pas ses accusations habituelles, son service de presse a mis en cause les médias qui devraient s’interroger : en critiquant Trump, ne contribuent-ils pas à faire monter la violence ? Une inversion des responsabilités : ce sont les déclarations présidentielles qui polarisent le pays, qui incitent à cette violence, sa volonté de faire plier tout le monde, sa police Ice… Nul doute qu’il va très vite tirer profit de cette fusillade. Elle va redynamiser sa base qui commence à le quitter, faire remonter sa cote. On pourrait se diriger vers davantage d’autoritarisme.
Le dîner devrait avoir lieu dans les 30 jours. On connaîtra le fameux discours. Remanié ou non ?
