A quelques mois de la présidentielle, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, veut prendre des mesures pour lutter contre les « menaces lourdes » d’ingérence étrangère. La Russie, dont les tentatives sont bien documentées, est particulièrement ciblée, mais les agissements d’Elon Musk sont également dénoncés.
C’est dans ce contexte qu’un arrêté d’expulsion vient d’être pris par Paris à l’encontre de Xenia Fedorova, chroniqueuse de CNews, d’Europe1 et du JDNews, organes de l’empire de presse de Bolloré. Cet arrêté indique qu’elle « contribue à la diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation visant à manipuler l’opinion publique, (…) à saper la confiance des citoyens européens et en particulier des citoyens français en leurs institutions ».
Ancienne patronne de Russia Today (RT) dont la diffusion avait été interdite en Europe à la suite de l’invasion de l’Ukraine, interdite de séjour en Allemagne. Se sachant sur la sellette et totalement soutenue par le groupe Bolloré, elle avait répondu par avance aux accusations de « désinformation » et de « distorsion systématique des faits » dans le JDNews du 16 juillet. Elle se défendait ainsi : « la notion de « désinformation » est devenue, dans le débat européen sur la Russie, extraordinairement élastique. Elle ne désigne plus seulement un fait dont on peut démontrer qu’il est faux. Elle semble de plus en plus englober une interprétation qui s’écarte du récit politique dominant. Donner la version russe d’une négociation, même pour l’analyser ? Propagande. Le mécanisme est redoutable : il n’est plus nécessaire de démontrer qu’une opinion est fausse. Il suffit de la qualifier de « propagande étrangère » pour neutraliser celui qui la porte. Mais qui décide de la frontière entre l’analyse contestable et la propagande ? Ceux-là mêmes dont on critique la politique ».
La galaxie Bolloré s’élève contre la décision du ministère de l’Intérieur et parle d’ « une atteinte à la liberté d’expression et au pluralisme d’opinion ». La question mérite d’être posée mais dans ce cas, elle n’est pas justifiée. Une presse d’opinion peut, et sans doute doit exister auprès de la presse dite d’information, mais opinion ne signifie pas mensonge même si les critiques politiques peuvent être douteuses et non vérifiées. Voir le RN et LFI.
Xenia Fedorova n’exprime pas d’opinion, n’analyse pas de situations mais répète fidèlement les mots du Kremlin et va même au-delà : ce n’est qu’un détail, mais lundi, elle affirmait qu’il n’y a aucune pénurie d’essence en Russie alors que Poutine reconnaissait des problèmes… Jour après jour, elle répète que la Russie veut la paix et l’Europe la guerre…
Il est cependant possible de suivre Xenia Fedorova sur un point : s’éloigner du récit dominant ne peut être forcément qualifier de crime. Pourtant, trop de régimes autoritaires considèrent que les critiques ne sont que des fausses nouvelles et que leurs auteurs doivent être condamnés…
