Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 9 octobre dernier, les Gazaouis vivent toujours dans la misère et la douleur. Au 14 avril dernier, selon le décompte du bureau des médias de Gaza, Israël avait commis 2400 violations, 84 personnes avaient été tuées et 2214 blessées. Ce matin, une attaque israélienne a fait un mort et deux blessés. « Se déplacer est devenu en soi une activité mortelle. Des cas de Palestiniens tués par les forces israéliennes alors qu’ils marchaient, conduisaient ou se tenaient à l’extérieur (de la zone contrôlée par Tsahal) sont recensés presque chaque jour », a déploré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk qui qualifie de « crime de guerre » le ciblage des civils en raison « de leur proximité avec la soi-disant “ligne jaune” ».
En raison de la destruction de près de 80% des immeubles et maisons, et de l’occupation par Tsahal de 60% de l‘enclave, environ 1,7 million de Gazaouis vivent encore dans des camps, selon l’ONU, sans assez d’eau ni de sanitaires. Les rats, puces, poux et autres parasites prolifèrent, aggravant la misère. La gale infecte les enfants. Plus de 50 % des hôpitaux sont hors service, la quasi-totalité des écoles ont été détruites ou endommagées
Les ONG et l’ONU s’inquiètent des refus fréquents d’Israël de laisser passer les secours. L’entrée de l’aide fournie par les Nations unies a chuté de 37 % entre le premier et le second trimestre suivant l’entrée en vigueur du plan de paix, selon l’OCHA, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Depuis six mois, les autorités de l’enclave ont recensé une moyenne quotidienne de 227 camions – répartis entre les secteurs privé et humanitaire –, loin des 600 rotations jugées nécessaires.
Évidemment, l’économie s’est effondrée. Le chômage a atteint un taux sans précédent de 78 % en 2025, contre 22 % avant le début du conflit. Les prix, eux, atteignent des sommets : après une hausse de 238 % en 2024, l’indice des prix à la consommation a encore augmenté de 22 % l’an passé. Le PIB par habitant de Gaza devrait avoir chuté à environ 200 dollars, ce qui situerait le territoire derrière le Burundi (268,7 dollars en 2024), la République centrafricaine (390) et Madagascar (453), les trois pays les plus pauvres au monde selon le classement de la Banque mondiale.
Le Comité national – composé de technocrates palestiniens – reste au Caire, n’étant toujours pas autorisé par Israël à entrer dans l’enclave pour y exercer son rôle d’administrateur transitoire. Pas d’évolution depuis le premier jour du cessez-le-feu, pas de phase deux du plan de paix de Trump : le Hamas refuse de se désarmer, Israël de se retirer. Par contre, on fait des comptes. Le « conseil de paix » de Donald Trump continue d’évoquer de grands projets immobiliers. Selon le « Financial Times », ses représentants ont discuté avec le conglomérat de Dubaï, DP World, sur des grandes infrastructures comme un nouveau port, des tours géantes et une zone de libre-échange. Selon les dernières estimations des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale, les besoins de reconstruction pour les dix prochaines années après 24 mois de conflit s’élèvent à 71,4 milliards de dollars (environ 60,7 milliards d’euros). L’étude, publiée lundi, précise que 26,3 milliards de dollars seront nécessaires au cours des 18 premiers mois « pour rétablir les services essentiels, reconstruire les infrastructures clés et soutenir la reprise économique ».
En Israël, on célèbre les extrémistes : le rabbin Avraham Zarbiv, qui se vantait d’avoir démoli des bâtiments au bulldozer lorsqu’il était réserviste dans la bande de Gaza, a été choisi par le gouvernement pour allumer une des douze torches à l’occasion du Jour de l’indépendance, hier, mardi 21 avril, à Jérusalem. Son nom a donné un verbe en hébreu : lezarbev pour désigner l’acte de détruire dans la bande de Gaza.
Avraham Burg, ancien président de la Knesset, est loin de cette ferveur extrémiste. Pour lui, « Israël est en situation de faillite morale ».
