Situation inédite, exceptionnelle, catastrophe, drame : ces mots reviennent dans la bouche des pompiers, des politiques, des commentateurs comme dans les conversations entre voisins et ce dans tous les pays méditerranéens. Des centaines de départs de feu, des dizaines de milliers d’hectares brûlés, des centaines de milliers de personnes évacuées, des dizaines de blessés et malheureusement des morts en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Espagne, en Italie, en Grèce. Les journaux en font leurs gros titres tous les jours et on se familiarise forcément avec de nouveaux termes comme les pyrocumulonimbus, ces nuages générés par le feu, on connaît la différence entre un feu contenu et un feu maîtrisé… Et dans tous ces pays, on fait de la politique, on cherche des responsables.
En Espagne, provinces et État se disputent et s’accusent. En Algérie, la presse aux ordres loue l’action de l’Etat, l’efficacité des services de secours et annonce l’arrestation de pyromanes. Au Maroc, on se félicite d’être le pays méditerranéen le moins touché par les incendies forestiers. En Tunisie, on fait un certain amalgame avec les difficultés quotidiennes croissantes et la hausse du coût de la vie et on manifeste en recriant « Dégage »…
En France, pas de manifestations dégagistes, ce sera pour le printemps prochain avec la présidentielle, mais les polémiques font rage. Pour les oppositions ; qui ont toujours toutes les solutions, les incendies sont une sorte de bénédiction, de pain béni, une occasion rêvée de redire : on avait prévenu, vous n’avez rien fait. Peu importe que les accusations soient prouvées ou non…
Toujours excessif, Jean-Luc Mélenchon, à la tête de ses insoumis, écrit sur son blog que canicules et incendies auront « beaucoup d’effets politiques. Les plus grandes crises révolutionnaires ont lieu quand l’Etat n’est plus capable d’assumer ce qui est considéré comme les besoins vitaux. Alors la société se dit : “le contrat social est rompu, il n’y a plus d’Etat, qu’ils s’en aillent tous” ». Son allié écologiste Marine Tondelier, qui brigue aussi l’Elysée, fustige les « pyromanes politiques qui continuent à faire semblant de ne pas voir ». Elle insiste sur le coût de l’inaction climatique qui est cinq fois plus élevé que si on agissait, et affirme qu’on ne peut pas donner juste de l’argent pour les guerres contre Poutine, et pas pour les guerres contre le feu. Un argument partagé par d’autres opposants. Certains avancent aussi que les gouvernements successifs n’ont pas commandé de Canadair – au prix de 60 à 100 millions d’euros- mais construisent des Rafale – de 70 à 100 millions « nu » et en livrent à l’Ukraine- et dépensent un milliard pour assainir la Seine… Le Rassemblement national est d’accord et Jordan Bardella, son président, ajoute : « le gouvernement ne pourra pas éviter de répondre aux Français sur le retard pris dans l’utilisation de l’Airbus A400M et sur le manque de moyens accordés à la sécurité civile ». Même Bruno Retailleau, oubliant qu’il a occupé il n’y a pas si longtemps un poste stratégique pour la sécurité civile, exhorte le gouvernement à agir.
Emmanuel Macron et ses ministres qui auraient pu anticiper davantage mais ne portent pas toutes les responsabilités dans cette catastrophe, n’en finissent pas de se défendre, de se justifier. Encore ce matin sur Franceinfo, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a affirmé que les moyens de lutte contre les incendies avaient « massivement augmenté » sur la dernière décennie et accusé l’opposition d’amplifier un « mensonge » et une « polémique grossière dans un moment qui devrait appeler chacun à un peu de gravité ».
