Cela devient une habitude chez Donald Trump : il a repoussé de cinq jours l’ultimatum adressé à l’Iran. Comme avec la Russie, le motif est le même, justifié en lettre capitales sur son réseau Truth Social : les États-Unis et l’Iran avaient eu des conversations «TRÈS BONNES ET PRODUCTIVES» avec l’Iran au cours des deux derniers jours au sujet d’une « RÉSOLUTION COMPLÈTE ET TOTALE DES HOSTILITÉS AU MOYEN-ORIENT ». Ces discussions doivent se prononcer «tout au long de la semaine». Si elles n’aboutissent pas, le président américain devrait donner l’ordre d’anéantir toutes les centrales électriques iraniennes.
Pourquoi a-t-il pris une telle décision, un tel revirement ? A-t-il pris conscience des risques qu’il faisait courir au monde entier. Téhéran et les gardiens de la révolution qui ont pris le pouvoir ne semblaient pas sur le point de céder, mais, encore davantage radicalisés, menaçaient de miner le Golfe persique et de frapper les infrastructures énergétiques dans des pays alliés de Washington. Une escalade dangereuse…
A-t-il subi des pressions de l’Arabie saoudite et de tous les pays du Golfe de plus en plus mécontents de l’allié américain qui ne les soutient qu’en paroles contrairement aux promesses, réservant son aide à l’État hébreu. S’est-il rendu compte que l’opinion américaine s’opposait à cette guerre et que ses MAGA pouvaient s’éloigner de lui, rendant sa défaite aux élections de mi-mandat en novembre pratiquement certaine. S’est-il inquiété des conséquences sur les marchés ?
Toutes ses raisons ont dû jouer ? Peut-être aussi que les Pasdarans savent qu’ils n’ont pas vraiment les moyens de leurs menaces.
Aussitôt ce report de l’ultimatum connu, le prix du baril a nettement baissé et les bourses ont ouvert en hausse. Les gouvernements respirent mieux tout comme le président Kaïs Saïed qui aurait pu être confronté à un choix douloureux : maintenir la subvention d’environ 0,8 dinar par litre qui maintient les prix de l’essence à un niveau d’antan mais augmente gravement le déficit ou augmenter le prix, ce qui frapperait durement le consommateur.
Pour l’instant, le spectre de la crise s’éloigne, mais le péril demeure. Les économistes étaient divisés. Pour les uns, la situation actuelle n’est pas compatible pour le moment avec une crise économique mondiale. La croissance serait ralentie, mais le prix Nobel d’économie français Philippe Aghion ne voit pas arriver un « effondrement » de l’économie mondiale ou même un « équivalent de la crise financière de 2008. »
Bien moins optimiste, Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), évoque une « menace majeure » pesant sur l’économie mondiale. À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », a-t-il déclaré ce lundi lors d’une intervention au National Press Club à Canberra, en référence aux chocs pétroliers des années 1970.
Tout dépendra de la durée du blocage du détroit d’Ormuz…
