
La Biennale d’art contemporain Jaou Tunis 2026 accueillera, dans le cadre de ses rencontres littéraires qui se déroulent jusqu’au 22 novembre 2026, l’écrivain, poète et journaliste palestinien Mohammed El-Kurd pour deux événements consacrés aux mécanismes de construction des récits, à la représentation des Palestiniens dans les médias et aux rapports entre création littéraire, mémoire et pouvoir.
Le premier rendez-vous se tiendra le lundi 26 octobre, à partir de 10h00, au 4ème Art (av. de Paris). Intitulée « The Architecture of Evidence » (L’architecture de la preuve), la rencontre sera animée par le chercheur et critique Anthony Downey. Elle s’inscrit dans le programme thématique « Devenir un océan », prévu demain et après demain (26 et 27 octobre), qui prolonge les réflexions engagées par la Biennale de l’image en mouvement (BIM’26) à travers son exposition du même nom, accueillie à la Kasbah El Attarine durant le festival.
A travers des débats et des échanges réunissant artistes, écrivains, chercheurs et spécialistes des questions politiques, cette programmation entend examiner les bouleversements contemporains et les crises qui affectent les systèmes politiques et les cadres de production du savoir. Les discussions porteront notamment sur la manière dont les faits sont interprétés, dont les récits s’imposent dans l’espace public et dont se construit la mémoire collective. Elles ouvriront également une réflexion sur les possibilités de renouveler les formes de connaissance, les relations sociales et les pratiques politiques face aux mutations du monde.
Mohammed El-Kurd retrouvera le public tunisien le jeudi 29 octobre à 10h00, à l’Université de la Manouba, dans l’amphithéâtre Carthage, à l’occasion d’une présentation de son ouvrage « Perfect Victims », publié en 2025. Le livre s’attaque aux représentations qui enferment les Palestiniens dans une figure imposée de victime, dont la souffrance ne serait reconnue qu’à certaines conditions.



L’auteur y analyse les ressorts des discours médiatiques et politiques occidentaux sur les droits humains et la solidarité. Il remet en question les « politiques de la compassion », une logique selon laquelle la reconnaissance de la souffrance palestinienne dépendrait de la conformité à une image préétablie, jugée acceptable par ceux qui la diffusent ou la commentent. La version anglaise de cet ouvrage a été distinguée par le Palestine Book Award en 2025.
Né à Jérusalem, Mohammed El-Kurd s’est imposé comme une voix palestinienne présente dans les débats internationaux sur l’occupation, les médias et les droits des Palestiniens. Son engagement s’est notamment illustré en 2021, lorsqu’il a contribué à faire connaître la mobilisation contre les menaces d’expulsion de familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, au sein du mouvement #SaveSheikhJarrah. La même année, le magazine Time l’a inclus dans sa liste des 100 personnalités les plus influentes du monde. Il exerce aujourd’hui les fonctions de correspondant palestinien pour le magazine américain The Nation, après avoir publié dans plusieurs médias internationaux et participé à de nombreuses émissions d’actualité.
Son travail littéraire occupe une place importante dans ce parcours. Son premier recueil de poésie, « RIFQA », paru chez Haymarket Books en octobre 2021, a été salué par plusieurs publications et retenu parmi les meilleurs livres de l’année par Middle East Eye. L’ouvrage a également figuré parmi les finalistes du prix Forward 2022, dans la catégorie du meilleur premier recueil de poésie, avant de faire l’objet d’une traduction italienne.
Son essai consacré aux défenseurs palestiniens de la montagne, publié en anglais sous le titre « A Night With Palestine’s Defenders of the Mountain », a par ailleurs été finaliste du One World Media Print Award en 2022. La même année, Mohammed El-Kurd a reçu le prix « Truth in Media » du Conseil civil arabo-américain, puis obtenu, en 2023, une bourse de la Fondation Lannan pour la liberté culturelle.
Formé à l’écriture et à la création littéraire, l’auteur poursuit ainsi un travail à la croisée du journalisme, de la poésie et de l’analyse politique. Sa participation à Jaou Tunis 2026 donnera lieu à deux échanges complémentaires : l’un consacré aux conditions de production et de légitimation des récits, l’autre à la façon dont les représentations de la victime peuvent influencer la perception d’un peuple et la reconnaissance de ses droits.
