A priori, il s’agit d’un plan simple. Dans « Miller’s crossing », un chapeau tombe par terre, un vent léger souffle dessus et l’emporte en direction de la foret. Pendant 5 secondes, le chapeau se met à virevolter conférant à la scène une certaine légèreté, une certaine grâce et poésie alors que le film est à ranger dans le rayon polar. Aujourd’hui cette scène pourrait être générée par ordinateur en trois clics. Mais le résultat serait complètement différent…« Alors qu’à l’époque, il a fallu pas moins de 10 techniciens devant se tenir de part et d’autre de la caméra et jongler avec les fils » déclare Joël Coen à un parterre de journalistes lors de la conférence de clôture de la 18ème édition du festival Lumière. Les deux réalisateurs hollywoodiens lauréats de la Palme d’or à Cannes en 1991 pour « Barton Fink » ont évoqué leur passion du cinéma une heure et demie durant. Pour ce qui est de la question politique; ils ont toujours opté pour une posture de neutralité. « Nul besoin de recréer l’Amérique de Trump, la situation politico-sociale a été toujours là, présente sur nos décors… ».



De la VHS à Netflix…
Durant un vibrant hommage la veille, lors de la cérémonie de remise du Prix Lumière, l’actrice et épouse de Joël Coen par ailleurs lauréate de 3 oscars (« Fargo », « Three billboards » et « nomadland ») a pressé les deux frères de réaliser le troisième volet de la trilogie du Minnesota, état d’Amérique dont ils sont natifs. Il s’agit donc de donner une suite à «Serious man » et à « Fargo »…ce à quoi les frères pensent très sérieusement. Encore faut-il, comme ils l’ont si bien rappelé non sans humour, qu’ils parviennent à retrouver un scénario perdu dans leur ordinateur.



« Un artiste du monument vous parte-il ? » leur demande un journaliste présent dans la salle. « Je viens de regarder « Resident Evil » de Zack Cregger et j’ai adoré son style. Mon frère et moi adorons Sam Raimi et les films d’horreur. Les œuvres d’Ari Aster ne sont pas mal non plus !» » déclare Ethan Coen.
L’approche cinématographique change et évolue : VHS, Dvd, Numérique, Netflix… à la question de savoir si ils réaliseront un jour une série dans le même style que celle de « Fargo » adoptée de leur film à succès, les frères répondent qu’ils respectent ceux qui regardent des films sur leur téléphones mais qu’ils ont toujours privilégie l’écran de cinéma. Par ailleurs, l’intelligence artificielle ne doit être qu’un outil au service du réalisateur. « Pour revenir aux séries télévisées, nous avons expérimenté la chose avec « La balade de Buster Scruggs » qui est une succession d’histoires. Et puis nous privilégions les durées d’1h30, de 2h. Mais un film c’est avant tout un début, un milieu et une fin or une série, c’est toujours un milieu, un milieu, un milieu… » Tout est dit !
