RSF classe la Tunisie à la 94e place, en recul de 21 places par rapport à l’an dernier, avec ce commentaire : depuis la révolution de 2011 qui a poussé le président Ben Ali hors du pays, la Tunisie connaît une transition démocratique à rebondissements. Le coup de force du président Saied, en juillet 2021, fait craindre un recul de la liberté de la presse.
Depuis la révolution de 2011, le paysage médiatique s’est considérablement diversifié. Mais la crise économique a fragilisé l’indépendance de nombreuses rédactions, dominées par des intérêts politiques ou économiques, et a mis à mal ce pluralisme naissant. La télévision est le média le plus suivi, notamment les chaînes privées El Hiwar Ettounsi et Attessia, devant la radio, dont la principale est Mosaïque FM. La presse en ligne est très suivie, alors que la presse papier est en perte de vitesse.
La crise politique qui secoue le pays et l’engagement ambigu de Kais Saied pour la liberté de la presse ont d’importantes répercussions. Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2019, le palais de Carthage ne reçoit plus les journalistes malgré les protestations du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). L’interdiction de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA) de cumuler des responsabilités politiques et de posséder un média est ignorée par nombre de patrons de presse.
La liberté de la presse et de l’information est un acquis incontestable de la révolution tunisienne : en plus d’être garantie par la Constitution de 2014, elle est juridiquement encadrée par deux décrets-lois promulgués en 2011. Ce dispositif reste toutefois incomplet et n’assure qu’une protection minimum aux journalistes et aux médias. La justice tunisienne persiste également à légiférer sur la base des textes hérités de l’ère Ben Ali, au lieu de s’appuyer sur les décrets-lois plus favorables à la liberté de la presse et de l’information.
Les réseaux sociaux sont régulièrement utilisés par les partis politiques pour lancer des campagnes de désinformation, décrédibiliser la presse, et instiller méfiance et confusion chez les électeurs. Les violences verbales des leaders politiques à l’encontre des médias se sont multipliées ces dernières années. Les intimidations envers les journalistes se banalisent, et les reporters sont confrontés à la violence des manifestants tunisiens.
ALGÉRIE
La liberté de la presse est confrontée à de nombreuses lignes rouges et le simple fait d’évoquer la corruption et la répression des manifestations peut valoir aux journalistes menaces et interpellations, souligne l’organisation Reporters sans frontières (RSF) dans la 20ème édition du Classement mondial de la liberté de la presse, dévoilé mardi. L’Algérie est à la 134 place sur 180, juste devant le Maroc/Sahara occidental. Le paysage médiatique en Algérie « n’a jamais été aussi détérioré » : les médias indépendants sont sous pression, les journalistes sont régulièrement emprisonnés ou poursuivis, et plusieurs sites internet sont bloqués, note RSF, ajoutant que le climat politique est « très tendu », notamment depuis l’élection du président Abdelmadjid Tebboune, en décembre 2019.
« Médias et journalistes subissent de nombreuses pressions, dont la majorité sont exercées par la présidence de la République, les partis politiques, les services de sécurité et les autorités locales », souligne-t-on, faisant remarquer qu’il est « très difficile » pour les reporters d’effectuer leur travail de manière libre et indépendante alors que « le pouvoir politique a une influence directe sur la nomination et le licenciement des responsables des médias et des autorités de régulation ».
Selon RSF, les menaces et intimidations auxquelles sont confrontés les journalistes sont en « constante augmentation et il n’existe aucun mécanisme de protection », relevant que les reporters critiques des autorités peuvent subir des détentions arbitraires, font l’objet d’une surveillance et sont placés sur écoute.
MAROC
Reporters sans frontières classe le royaume à la 135e place avec ce commentaire : la pluralité de la presse marocaine n’est qu’une façade, et les médias ne reflètent pas la diversité des opinions politiques dans le pays. Les médias et les journalistes indépendants font face à d’importantes pressions, et le droit à l’information est écrasé par une puissante machine de propagande et de désinformation servant l’agenda politique des proches du pouvoir. Face aux pressions, le dernier média indépendant du Maroc, le quotidien Akhbar Al Yawm, a abandonné son combat, et sa dernière parution date d’avril 2021. La principale source d’information pour la population vient des réseaux sociaux et des sites en ligne.
Malgré l’adoption d’un nouveau code de la presse en juillet 2016 supprimant les peines de prison pour les délits de presse, une publication jugée critique peut faire l’objet de poursuites judiciaires en s’appuyant sur le code pénal. Ce manque de garanties légales pour la liberté d’expression et de la presse, la faible indépendance de la justice, la multiplication des poursuites contre les journalistes poussent les professionnels à l’autocensure.
La société consomme la presse indépendante sans pour autant être prête à prendre sa défense. La désinformation qui règne est accentuée par la valorisation d’un journalisme du buzz et du sensationnel qui ne respecte pas la vie privée et dégrade en général l’image de la femme (…) Les arrestations sans mandat et les détentions provisoires prolongées sont courantes au Maroc.
